La Banque Nationale Suisse provoque un coup de grisou sur le marché des changes

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Surprise. Une semaine avant l’annonce attendue d’un programme de rachat de dettes souveraines de la Banque centrale européenne (BCE), la Banque nationale suisse (BNS) a provoqué un séisme sur le marché des devises en abandonnant, de façon inattendue, son plafond de 1,20 franc suisse pour un euro. La devise helvétique a bondi de près de 40 % face à la monnaie unique dans la foulée de cette décision. Finalement, elle s’est appréciée de 25 % à 1 franc suisse pour 1 euro. Parallèlement, l’institut d’émission a baissé ses taux de dépôts à un taux négatif de 0,75 % et la marge de fluctuation du Libor à 3 mois entre -1,25 % et -0,25 %. La BNS semble avoir capitulé devant l’imminence du quantitative easing (QE) souverain de la BCE : « Les disparités entre les politiques monétaires menées dans les principales zones monétaires ont fortement augmenté ces derniers temps et pourraient encore s’accentuer », explique l’institut d’émission dans son communiqué. Le bilan de la BNS représente 80 % du PIB Suisse (495 milliards de franc suisse) avec une exposition à l’euro de plus de moitié. La défense de ce plancher risquait donc de lui coûter cher. Lundi 19 janvier, la banque centrale du Danemark a suivi le mouvement en abaissant son taux de dépôt à -0,20 % pour éviter une trop forte appréciation de sa devise qui est arrimée à l’euro (MCEII). Certains observateurs estiment que la crédibilité de la banque centrale suisse est écornée. Elle a renié son engagement sur le plafond rappelé lors de sa dernière réunion en décembre. Pour de nombreux intervenants sur le marché, en particulier des hedge funds, le plafond fixé par la banque centrale a joué comme un élastique tendu qu’on aurait subitement relâché. Ces derniers étaient massivement vendeurs du franc suisse. Les stop loss ont précipité l’appréciation du franc suisse. Des banques et surtout des courtiers ont subi d’importantes pertes, à l’image du spécialiste américain des changes FXCM qui a perdu 200 millions de dollars. Au-delà de la Suisse, la Pologne, grande consommatrice de prêts en francs, était affectée par cette décision. Les dirigeants des entreprises exportatrices suisses parlaient de tsunami. UBS a revu en baisse ses prévisions de croissance, passant de 1,8 % à 0,5 % pour 2015 et 1,7 % à 1,1 % pour 2016. Cette décision enfonce en outre le pays dans la déflation. Pas sûr donc, dans ces circonstances, que la BNS n’intervienne pas de nouveau. « A l’avenir, la BNS continuera de prendre en compte la situation sur le marché des changes pour définir sa politique monétaire. Aussi interviendra-t-elle au besoin sur ce marché en vue d’influer sur les conditions monétaires », affirme-t-elle. Conséquence de cette intervention, le taux à 10 ans suisse est passé en négatif. Une première dans un pays industrialisé.

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