Athènes prête à croiser le fer avec Bruxelles

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras souhaite renégocier l’accord avec la troïka. Mais face au risque de liquidité, le temps presse.

Le berceau de la tragédie va être le théâtre d’un feuilleton à suspens au cours des prochaines semaines. Aussitôt revêtu le costume de Premier ministre, Alexis Tsipras, le leader du parti de gauche Syriza, n’a pas tardé à mettre en application sa partition anti-austérité. Un programme jugé incompatible avec les engagements auprès de la troïka (Fond monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne), selon Standard & Poor’s qui a placé la note B du pays en perspective négative compte tenu des risques politiques actuels. Avec son ministre des Finances, l’économiste Yanis Varoufakis, ils veulent renégocier cet accord et restructurer la lourde dette (178 % du PIB) du pays. Mais leur marge de manœuvre semble limitée, au risque de plonger le pays dans une nouvelle crise de liquidité.

Faute d’accès aux marchés de capitaux, le gouvernement va devoir rapidement trouver un terrain d’entente pour faire face à ses échéances de dette, de 18 milliards d’euros en 2015 selon les économistes de BNP Paribas. « Le remboursement de plus de 6 milliards d’euros d’emprunts grecs détenus par l’Eurosystème via le SMP (Securities Markets Programme) en juillet et en août forme une date butoir importante pour les négociations », selon Fitch. Au total, la Grèce doit 2,3 milliards en février-mars au FMI (sur un total de 9 milliards) puis 3,5 milliards en juillet et 3,2 milliards en août. Cela ne tient bien évidemment pas compte des 15 milliards de créances court terme, ni du besoin de liquidité des banques.

La première étape pour Athènes va être d’obtenir un délai supplémentaire pour le programme d’aide qui devait prendre fin en décembre 2014 et a été prolongé jusqu’au 28 février 2015 pour tenir compte des élections. « Un délai sera vraisemblablement accordé lors de la réunion mensuelle de l’Eurogroupe du 16 février », indique Thibault Mercier, économiste chez BNP Paribas. Faute de programme, les banques grecques n’auraient plus accès aux opérations de refinancement de la Banque centrale européenne (BCE).

Etau

Or, depuis décembre, ces dernières doivent faire face à des retraits. « Selon nos estimations, les dépôts ont diminué entre 7 et 8 milliards d’euros pour un total de 164,3 milliards fin novembre 2014 », indique Moody’s. En l’absence d’un accès au marché, les banques grecques sont dépendantes du financement de la BCE. Elles ont en outre accès à une ligne de précaution dite ELA (Emergency Liquidity Assistance) auprès de la Banque de Grèce. Un premier financement a déjà été obtenu et approuvé par la BCE, mais pour seulement deux semaines. L’inclusion des titres grecs dans le programme de rachat de dette souveraine de la BCE est également conditionnée à l’existence d’un programme. Autant dire que l’institution de Francfort a des moyens de pression sur le gouvernement grec pour forcer un accord.

Surtout, les contraintes de liquidité du gouvernement sont étroitement liées à celles du secteur bancaire : « Hormis les prêts officiels, la seule source de financement extérieure provient de la capacité d’absorption du papier grec par le secteur bancaire national », explique Thibault Mercier. Deux échéances de T-bills sont prévues les 6 et 13 février pour 0,95 et 1,4 milliard d’euros. Un véritable test pour le pays.

Par ailleurs, le gouvernement, malgré son opposition de principe, a intérêt à obtenir le déblocage des tranches d’aides en suspens. « Au total, ce sont 7,2 milliards de financement qui permettraient à l’Etat de faire face à ses échéances de court terme », selon Thibault Mercier, tout en desserrant l’étau du financement du secteur bancaire grec, et donc de l’Etat. L’étape suivante sera la négociation de lignes de précaution ou d’un nouveau programme.

Bien sûr, la situation budgétaire et extérieure de la Grèce est moins critique qu’elle ne l’était en 2012 lors de la conclusion du deuxième plan de sauvetage. Depuis, le pays a réussi à redresser ses comptes et affiche un excédent primaire budgétaire depuis 2013, estimé à 1,5 % en 2014, et un excédent courant de 1 % prévu pour 2014. La Grèce a de plus retrouvé le chemin de la croissance après cinq années de récession qui ont vu son PIB fondre d’un quart.

Malgré cet excédent budgétaire, la Grèce fait face à un déficit de financement de 2,6 milliards en 2015. Ce besoin devait être comblé par une ligne de crédit dite ECCL (Enhanced Conditions Credit Line) accordée par l’Union européenne au travers du Mécanisme européen de stabilité (MES). Le problème est que pour l’obtenir, la Grèce doit se soumettre à de nouvelles exigences budgétaires et à une poursuite des réformes.

DATES CLES
- 6 février 
Echéance de un milliard d’euros de bons du Trésor grecs
- 10-11 février
Vote de confiance au Parlement grec
- 12 février
Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement européens
- 16 février
Réunion de l’Eurogroupe
- 13 mars
Publication par S&P de la note de la Grèce
- 20 juillet
Echéance de 3,5 milliards d’euros de dette grecque auprès des créanciers européens
 

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