Shadow banking

Les assureurs prennent du poids dans le financement de l’économie

le 09/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Les structures légales et les compétences se mettent en place pour favoriser un « shadow banking » de bonne réputation.

En direct ou par l’intermédiaire des fonds, la présence des assureurs auprès des entreprises qui n’ont pas accès au marché public se renforce. Si Bâle 3 contraint les financements des banques, Solvabilité 2 encourage les assureurs à prendre le relais. « Avec Solvabilité 2, les exigences réglementaires de capital porteront tant sur les risques liés à leur actif (investissements) que sur ceux liés à leur passif. Le capital réglementaire exigé dans le cadre d’un financement d’entreprises via un fonds de prêts à l’économie (non coté) n’est pas nécessairement plus élevé par application du principe de transparisation que pour un investissement coté, indique Thibault de Saint Priest, associé gérant du groupe Acofi. Dans un univers de taux bas, et alors que la liquidité des actifs n’est pas nécessairement un critère déterminant dans le choix d’un actif et que Solvabilité 2 d’une certaine manière pénalise la volatilité, les financements alternatifs deviennent une solution structurelle pour les assureurs pour une partie de leur 'poche taux'. » En matière de prêts aux entreprises, les primes d’illiquidité leur permettent d’obtenir des spreads qui se situent entre 120 et 600 points de base en fonction du niveau de risque pris.

Fonds de prêts

Les plus grands d’entre eux interviennent en direct mais, le plus souvent, les assureurs ont recours à des mandats, des co-investissements ou des fonds de prêts à l’économie (FPE). Fin 2014, ces structures représentaient 14 milliards d’euros engagés en France : 8 milliards étaient déployés, dont 50 % dans les entreprises, 30 % dans l’immobilier, le reste se dirigeant vers les infrastructures et les collectivités locales.

L’ampleur prise par les fonds de prêts tient à leur caractère de fonds fermés, non tranchés, sans transformation, ce qui évite notamment les risques de conflit d’intérêts. « Un nouvel écosystème de financement s’est créé, marqué plus par la coopération entre banques, assurances et fonds que par une compétition entre ces acteurs, estime Thibaut de Saint Priest. Souvent, les équipes de spécialistes gérant les fonds sont issues des banques. Le débat sur le 'shadow banking' et sur la légitimité des sociétés de gestion et des assureurs en financement de l’économie est dépassé. » Les réglementations des investissements des assureurs et mutuelles ont été revues entre août 2013 et décembre 2014 pour favoriser la désintermédiation.

Les effets de Solvabilité 2 sur les FPE ne sont pas encore complètement clairs mais ces véhicules, même si les exigences en capital du Pilier I libèrent les assureurs du formalisme actuel, resteront intéressants. « Seulement 60 % des entreprises d’assurance sont concernées par Solvabilité 2, rappelle Antoine Maspétiol, responsable dette privée et crédit aux entreprises chez Aviva Investors. Les fonds de prêts continuent de présenter l’avantage, s’agissant de véhicules non tranchés, d’éviter aux investisseurs le coût prudentiel d’une titrisation. En même temps, leur réglementation impose une certaine rigueur sur l’analyse des risques, le 'reporting' et la valorisation, ce qui cadre bien avec les attentes de Solvabilité 2. » Parmi les prochaines étapes en vue d’une montée supplémentaire des assureurs dans le financement de l’économie, figurent l’assouplissement des règles de Solvabilité 2, les prêts consentis par les véhicules d’investissement à long terme (Eltif) alors que les FPE ne peuvent qu’acheter des créances, la consultation en cours d’Eiopa (European Insurance and Occupational Pensions Authority) sur les investissements dans les infrastructures, pour la surveillance des risques et leur bonne prise en compte par Solvabilité 2.

Les primes d’illiquidité permettent aux assureurs d’obtenir des spreads de 120 à 600 pb
Un soutien en fonds propres aussi

France Investissement Assurance dresse un bilan favorable du partenariat conclu en 2012 par CDC Entreprises (intégré à Bpifrance désormais) avec cinq grands acteurs, Allianz France, Axa France, BNP Paribas Cardif, CNP Assurances et Crédit Agricole Assurances. En trois ans, 690 millions d’euros ont été investis pour un objectif de 620 à 740 millions sur quatre ans. Les assureurs envisagent de porter à 1 milliard d’euros le deuxième programme. Par ailleurs, les fonds Novi de 535 millions d'euros, à investir en capital et dette dans des PME de 30 à 200 millions de chiffre d'affaires, viennent d'être lancés, associant assureurs et Caisse des dépôts.

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