Assurance-vie, le défi des UC

le 07/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Diversification des gammes, bonus, gestion pilotée : les stratégies visant à mettre en avant les unités de compte sont multiples.

Assurance-vie, le défi des UC
(Fotolia)

L’encours de l’assurance-vie a atteint 1.556 milliards d’euros fin mars 2015, après une collecte nette de 6,5 milliards sur les deux premiers mois de l’année. Une très large majorité (79 %) de ces nouveaux flux s’oriente vers les fonds en euros. Dans le contexte actuel de taux d’intérêt au plancher, les compagnies d’assurances tentent pourtant d’inciter les assurés à repositionner leur épargne. « Il est indispensable d’augmenter la part des unités de compte (UC) dans nos contrats, indique Mathilde Muniere, directrice de l’offre investissement et du devoir de conseil d’Axa France. Pour l’assuré, c’est la solution la plus performante sur le long terme. Pour la compagnie, il s’agit de limiter la dilution du rendement des fonds en euros. » La collecte est en effet investie sur des obligations au taux historiquement faible, ce qui tire le rendement des fonds en euros vers le bas.

Axa France est d’ailleurs en avance sur le marché des UC puisque 23 % de ses encours en assurance-vie sont placés en UC, contre 17 % seulement pour l’ensemble des contrats. Même démarche favorisant la diversification chez BNP Paribas Cardif. « A fin 2014, les UC représentent 25 % de nos contrats. Historiquement, cette proportion est supérieure à celle du marché, explique Benoit Gommard, responsable de la stratégie clients France de BNP Paribas Cardif, qui gère 92 milliards d’euros en assurance-vie. La proportion d’UC atteint même 45 % de la collecte brute auprès des conseillers en gestion de patrimoine indépendants au premier trimestre. »

Les stratégies incitant les clients à se positionner sur les UC sont multiples, jouant sur les gammes distribuées dans les contrats. Ainsi, Predica mise sur la gestion flexible. « Nous proposons plusieurs solutions de placement avec pour objectif une performance égale au taux sans risque + 5 %. La cible de clientèle est ainsi beaucoup plus large que sur les seules UC très spécialisées », précise Jean-François Dupouy, directeur des clientèles patrimoniales de Predica, dont les encours atteignent 229 milliards d’euros en assurance-vie. Predica, comme de nombreux autres assureurs, a renforcé depuis deux ans son offre immobilière avec des OPCI (organismes de placement collectif immobilier) en plus des traditionnelles SCPI (société civile de placement immobilier). C’est le cas depuis 2012 chez Axa France, 2013 chez Generali, et 2014 chez CNP Assurances et BNP Paribas Cardif.

Encourager les clients

Par ailleurs, les compagnies développent la délégation de gestion, qui favorise la souscription d’UC chez les clients qui, seuls, n’auraient pas sauté le pas. « La gestion pilotée incite les clients à aller vers les UC plutôt que sur les fonds en euros », confirme Sonia Fendler, membre du comité exécutif de Generali France en charge de la clientèle patrimoniale, dont les UC représentent 24 % des encours.

Même stratégie chez CNP Assurances : « Nous proposons une offre de gestion d’UC sous mandat d’arbitrage, notamment sur les deux contrats Cachemire lancés avec La Banque Postale il y a un an. A fin 2014, 51 % des contrats Cachemire Patrimoine et 27 % des contrats Cachemire 2 étaient gérés sous mandat », détaille Laurent Jumelle, directeur épargne patrimoniale de CNP Assurances, qui gère 245 milliards d’euros d’assurance-vie, dont 90 % sur les fonds en euros.

La plupart des compagnies proposent par ailleurs des bonus : elles accordent un surcroît de rendement de 0,20 % à 0,50 % sur les fonds en euros aux épargnants investissant une fraction minimum de leurs versements en UC. « Nous proposons régulièrement des bonus depuis 2011. Ils récompensent actuellement les clients détenant au minimum 25 % ou 30 % de leur contrat en UC, atteste Mathilde Muniere chez Axa France. L’objectif est de fidéliser le client tout en le faisant basculer vers les UC. » Autre stratégie, Generali conditionne à un versement minimum en UC la souscription de ses fonds euro immobilier et euro dynamique. Deux types de fonds en euros qui présentent les mêmes garanties en capital que les fonds en euros traditionnels, mais affichent un profil de rendement différent. « Ce mécanisme nous permet de piloter la collecte sur les fonds euro immobilier et euro dynamique, donc de faciliter la gestion tout en soutenant les UC », ajoute Sonia Fendler.

Enfin, les compagnies d’assurances se lancent progressivement dans le nouveau fonds euro croissance créé en 2014. Ces fonds ne sont garantis en capital (à 100 % ou moins) qu’au terme d’une période minimum de 8 ans. Diversifiés sur des actifs à risque, ils affichent un objectif de rendement supérieur aux fonds en euros traditionnels. « La garantie ‘à tout moment’ du fonds en euros a un coût pour l’épargnant. Or la duration moyenne de nos contrats atteint 12 ans, expose Jean-François Dupouy. Nous conseillons donc à nos clients qui sont en capacité d’immobiliser une partie de leur épargne de la placer sur notre fonds euro croissance, qui devrait rapporter à terme 1 % de plus que le fonds en euros. »

La collecte démarre doucement sur ces nouveaux produits. « Nous avons lancé notre fonds euro croissance en février. Nous y croyons beaucoup. Une remontée des taux le rendrait encore plus performant grâce, d’une part, à l’effet de diversification et, d’autre part, au rendement attractif dont bénéficierait la poche obligataire », analyse Laurent Jumelle. Le gouvernement vient d’annoncer de nouvelles dispositions pour favoriser les transferts vers le fonds euro-croissance.

La collecte précipite la baisse du rendement

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