Zone euro, la récession s'aggrave et s'étend

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Les indicateurs avancés de la conjoncture se dégradent rapidement. L'Allemagne n'échappe pas à la règle.

Zone euro, la récession s'aggrave et s'étend

Pire que prévu. Les indicateurs avancés et les enquêtes auprès des entreprises publiés ces derniers jours sont à sens unique : l’indice allemand ZEW et son grand frère l’IFO, les indices PMI Markit de la zone euro, le climat des affaires en France de l’Insee... délivrent le même message, celui d’une récession qui s’aggrave et s’étend en zone euro. La plupart des indices des acheteurs PMI publiés par Markit en juin affichent des plus bas de ces trois dernières années. Le composite ressort à 46, bien en dessous du seuil des 50, la frontière entre expansion et contraction. La composante « perspectives » de l’IFO a surpris désagréablement en décrochant brutalement.

Le tableau d’une croissance nulle ou d’une récession douce anticipé en début d’année par les économistes laisse donc la place à une image nettement dégradée. « Le rebond du printemps n’a pas eu lieu », observe Jean-Christophe Caffet, économiste de Natixis. Même l’économie allemande, en lévitation jusqu’ici et ignorant le sort de ses voisins, n’est plus à l’abri d’une désillusion et n’arrivera pas à préserver son « découplage ». Certes, les économies de la zone restent marquées par une grande hétérogénéité entre les pays du sud, de plain-pied en récession, et ceux du nord, en meilleure santé, mais elles ont désormais un point commun, celui de glisser ensemble vers le bas.

Les données « réelles » les plus récentes confirment ces sombres anticipations. La production industrielle a baissé de 2,3 % sur un an, selon les données d’avril d’Eurostat. Et ce n’est sans doute pas fini puisque les entreprises cherchent à réduire leurs stocks d’intrants en prévision d’un repli de la production au cours des prochains mois, ajoute Markit. Tous ces indicateurs retrouvent le niveau qui était le leur vers la fin de 2009. Les tensions sur les marchés financiers, un financement bancaire raréfié et les atermoiements des dirigeants politiques européens ont donc fini par créer une nouvelle vague d’attentisme (après celle de 2008) chez les dirigeants d’entreprise.

Vers une baisse des taux

Le niveau de l’indice composite PMI (46) en juin correspond « à une contraction du PIB de l’ordre de 0,6 % au deuxième trimestre », note Chris Williamson, chef économiste de Markit, pour qui la baisse de l’activité « s’accélère et s’étend à toute la région ». Chris Williamson prévoit que le recul de l’activité « devrait atteindre 0,6 % » en France où, manifestement, le plus dur est à venir car « l’ajustement budgétaire et fiscal n’a pas vraiment commencé », précise Jean-Christophe Caffet.

En plus des incertitudes liées à la crise des dettes souveraines, la conjoncture doit composer avec « les plans d’ajustement budgétaire qui mordent sur la croissance, de même que le resserrement du financement bancaire et des conditions d’octroi de crédit », indique Alain Henriot, économiste et directeur délégué de l’institut COE-Rexecode. « En Italie et en Espagne, l’industrie manufacturière est affaiblie. La production industrielle espagnole a retrouvé son point bas de début 2009 et l’industrie italienne se situe juste au-dessus », poursuit l’économiste. Alain Henriot détecte tout de même deux amortisseurs susceptibles de freiner la dégradation de l’activité : « Le tassement des prix des matières premières sous l’effet du ralentissement de la croissance mondiale et le recul de l’euro qui devrait parvenir à stimuler les exportations pour les pays les plus sensibles aux aspects prix comme la France. »

Les ingrédients conjoncturels sont réunis pour amener la Banque centrale européenne (BCE) à baisser ses taux directeurs, le taux de refinancement actuellement à 1 % (le prix payé par les banques pour obtenir des liquidités) et le taux de la facilité de dépôt à 0,25 % (le taux qui dirige l’eonia* sur le marché monétaire). La BCE s’était donné quelques mois pour tirer les enseignements de l’impact des deux LTRO (long-term refinancing operations) à trois ans sur le financement de l’économie. Elles ont tiré les banques de l’embarras et de la crise de liquidités de la fin 2011, mais ont manifestement échoué à relancer le financement de l’économie réelle. L’initiative de croissance européenne évaluée à 130 milliards d’euros, que veulent mettre en place l’Espagne, l’Italie, la France et l’Allemagne, arrivera pour sa part un peu tard pour empêcher la conjoncture de se dégrader au second semestre.

*Euro OverNight Index Average

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