La zone euro perd du poids dans les allocations d’actifs

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs européens de long terme diversifient leurs stratégies d’investissement au détriment de l’Europe.

Entrée en récession, crise récurente des dettes souveraines... La zone euro va-t-elle conserver toute sa place dans les allocations d’actifs des investisseurs institutionnels et des fonds souverains ? La question est légitime quand on observe les performances de l’Euro Stoxx et celles du S&P 500 depuis deux ans. L’écart entre les deux indices ne cesse de croître. En phase de repli boursier généralisé, l’indice européen tombe plus vite et plus bas que son concurrent d’outre-Atlantique. Et quand une embellie se dessine à nouveau, l’indice phare des Etats-Unis grimpe plus rapidement et plus haut. Une consolation pour les acheteurs d’actions européennes : «Dans l’ensemble, les dividendes distribués par les entreprises de la zone euro sont plus attrayants que ceux des sociétés américaines», constate Bernard Aybran, directeur de la multigestion d’Invesco Asset Management.

Cet argument ne suffit plus à convaincre les anciens fidèles de la zone euro d’y rester investis contre vents et marées. La révision de la politique d’investissement du fonds souverain norvégien, NBIM (Norges Bank Investment Management), est révélatrice du changement de perception et de tactique qui s’opère actuellement. L’investisseur norvégien, qui gère 396 milliards d’euros environ, a annoncé que s’il suivait à la lettre sa nouvelle stratégie d’allocation, le poids de l’Europe dans ses placements en actions tomberait de 50% à 27%. Ce désengagement sera progressif et ne sera pas aussi important que le calcul théorique affiché. «Nous ne sommes pas particulièrement pessimistes quant à l’Europe. Nous pensons qu’à un moment donné, la croissance redémarrera, mais une période prolongée de surpondération de l’Europe n’est pas justifiée», a déclaré Oeystein Olsen, gouverneur de la banque centrale de Norvège.

Plus de place pour les émergents

Contrarié par les rentabilités médiocres de ses investissements en actions et en obligations européennes, le fonds souverain a choisi d’adopter de nouveaux indices de référence. La pondération géographique de sa poche investie en actions dépendra du poids de la zone dans la capitalisation mondiale et non plus de celui de son PIB. A l’inverse, l’indice de référence des investissements obligataires sera pondéré en fonction du PIB, la volonté du fonds étant de s’exposer aux devises des marchés émergents et d’y accroître son exposition. «Les investisseurs de long terme cherchent à adapter leurs allocations aux équilibres économiques mondiaux, commente Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet & Cie. L’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est participent à 70% de la croissance mondiale. Leur part dans le PIB mondial s’élève désormais à 35%.»

En tout premier lieu, «l’objectif du fonds norvégien est de diversifier ses sources de revenus», indique Bernard Aybran, à l’instar de nombreux autres institutionnels et fonds de pension. Depuis la crise de 2008, «leur allocation d’actifs est devenue plus sophistiquée», observe Franck Nicolas, directeur allocation globale et ALM (asset liability management) de Natixis Asset Management. Auparavant, les institutionnels européens considéraient tous les taux de la zone euro comme des «actifs sans risque». Aujourd’hui, ils excluent souvent de cette catégorie les obligations des «périphériques» et les remplacent fréquemment par des taux internationaux et de la dette d’entreprise notée investment grade. La palette des «actifs risqués» qu’ils ciblent a été élargie à la dette émergente et aux matières premières. «La stratégie d’allocation ne se borne plus à un arbitrage entre taux de la zone euro et actions du monde développé, ajoute Franck Nicolas. Elle est animée aussi par une rotation sectorielle et géographique, et intègre des émergents.»

«La volonté de se diversifier qui conduit les uns à alléger le poids de la zone euro dans leur allocation peut en conduire d’autres à se renforcer», remarque Bernard Aybran, faisant allusion aux fonds souverains encore très exposés au dollar ou qui n’ont pas encore constitué leur position européenne. La fringale actuelle du Qatar pour les actifs européens n’est donc pas une lubie à contre-courant.

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