La zone euro émerge de la récession

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

Les politiques budgétaires donnent de l’air à la croissance, mais les risques financiers et politiques n’ont pas disparu.

L’Europe sort la tête de l’eau. Le PIB de la zone euro a crû de 0,3 % au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, mettant fin à six trimestres de récession. Tous les pays, sauf les Pays-Bas, ont surpris positivement, à commencer par la France (+0,5 %) et le Portugal (+1,1 %). L’Italie et l’Espagne restent en récession technique, mais le rythme de la contraction s’amenuise (respectivement -0,2 % et -0,1 %). Cette reprise est en partie due à des facteurs temporaires, comme le rebond de la construction en Allemagne et de la consommation d’énergie en France à cause de la météo. Mais cet effet n’a ajouté que 0,1 point de pourcentage à la croissance, selon les économistes de BNP Paribas. L’indice PMI composite de Markit pour la zone euro signale bien la plus forte hausse mensuelle de l’activité en août depuis juin 2011 (51,7 contre 50,5 en juillet). L’indice pour la France se replie (47,9 contre 49,1 en juillet), mais « des signes encourageants se dégagent, comme les nouvelles commandes reçues par les fabricants, en légère hausse, la première depuis plus de deux ans », souligne Jack Kennedy, économiste chez Markit. L’indice de confiance des consommateurs de la Commission européenne suit aussi une pente ascendante (-15,6 en août après -17,4 en juillet). Par conséquent, certains économistes sont en train de revoir leurs prévisions de croissance pour 2013 à la hausse.

La zone euro doit son répit au commerce international plus dynamique, aux marchés financiers moins turbulents et surtout au relâchement des politiques d’austérité. « Depuis deux ans, le resserrement budgétaire tous azimuts pèse sur la croissance, mais cette année, il est moitié moins important », indique Willem Verhagen, économiste chez ING IM. Le Conseil européen a donné deux ans de plus à la France et à l’Espagne, et un an de plus au Portugal et aux Pays-Bas, pour ramener leurs déficits budgétaires en dessous de 3 % du PIB. L’exécution budgétaire est même déjà allée au-delà de ces nouveaux objectifs, selon les économistes de Bank of America Merrill Lynch. Dans de nombreux pays, les discussions politiques portent sur le report ou l’annulation de telle ou telle mesure de rigueur. En Italie, l’augmentation de la TVA a été reportée. Au Portugal, le gouvernement souhaite limiter les baisses de dépenses à 2 milliards d’euros pour 2014, au lieu de 3,5 milliards prévus. En Irlande, des voix s’élèvent pour demander que les économies obtenues grâce à l’accord avec la Banque centrale européenne (BCE) sur les billets à ordre (promissory notes) soient utilisées pour réduire l’ajustement budgétaire. Même aux Pays-Bas, le ministre des Finances Jeroen Dijsselbloem a admis que son pays ne retrouverait probablement pas des finances publiques à l’équilibre dans les cinq prochaines années.

L'investissement ?

Les investisseurs ne se demandent plus si la zone euro peut sortir de la récession, mais à quel rythme elle peut croître. Selon les économistes de Credit Suisse, l’investissement pourrait leur fournir de bonnes surprises. Ils avancent plusieurs raisons d’espérer. L’investissement net est à un niveau historiquement bas, autour de 2 % du PIB, comparé à 6,7 % en moyenne entre 1995 et 2007. La croissance des profits semble être sur le point de se redresser. Les conditions de crédit ont cessé de se durcir et les entreprises de certains pays comme l’Allemagne sont en situation de s’autofinancer. D’ailleurs, pour les analystes de RBS, les indications de la BCE sont claires comme de l’eau de roche : tant que le Conseil des gouverneurs anticipera une inflation en dessous de 2 %, les taux d’intérêt n’augmenteront pas. Et si les marchés la défient, notamment sous la pression de la remontée des taux américains, la BCE pourrait très bien les baisser !

« La croissance devrait se poursuivre, mais sans aller au-delà de son potentiel, nuance Willem Verhagen. Pour cela, il faudrait que les consommateurs et les entreprises retrouvent pleinement confiance et assainissent leurs bilans. » Or, la consolidation budgétaire et le chômage élevé (12,1 % en juin, un record) pèsent toujours sur la confiance. Il ne faut pas non plus exclure que la zone euro soit rattrapée par ses vieux démons. La Grèce, les banques espagnoles, la politique italienne… les risques ne manquent pas. Selon le Fonds monétaire international (FMI), même si la Grèce pourrait afficher un excédent primaire cette année, elle connaîtra un déficit de financement à partir d’août 2014, évalué à 10,9 milliards d’euros pour 2014 et 2015. Or, le FMI exige que ses programmes soient entièrement financés pour 12 mois. Lors du prochain examen du programme grec en septembre-octobre, les autres pays de la zone euro pourraient donc être obligés de s’engager à mettre de nouveau la main à la poche.

A lire aussi