Nathanael Benzaken, responsable adjoint de la division gestion alternative de Lyxor AM

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le 10/06/2013 L'AGEFI Hebdo

La mise en œuvre de la directive AIFM le 22 juillet prochain va-t-elle créer de véritables opportunités pour les gérants de fonds alternatifs ?

C’est indéniablement une formidable opportunité car elle va permettre le déplacement de l’industrie des hedge funds européens d’un environnement offshore à un environnement onshore qui correspond à une demande de beaucoup d’investisseurs. En outre, les gérants pourront désormais faire du marketing auprès de leurs clients professionnels, alors que les démarches commerciales étaient jusqu’à présent strictement encadrées, puisque nous ne pouvions, en matière de fonds offshore, que répondre aux sollicitations. La procédure du placement privé, qui devrait progressivement disparaître, restait plutôt compliquée. Or nous sommes convaincus que de nombreux investisseurs, notamment lesinstitutionnels européens, ont un intérêt pour les hedge funds mais se refusaient à investir dans des produits offshore pour des raisons réglementaires, mais aussi du fait des règles internes qu’ils s’étaient fixées. Nous anticipons même que les institutionnels déjà investisseurs en gestion alternative souhaiteront aussi privilégier les solutions onshore aux dépens des solutions offshore.

Où seront selon vous principalement domiciliés ces "hedge funds" européens ?

Historiquement les deux places privilégiées par les gérants pour la domiciliation de leurs fonds alternatifs sont Luxembourg et l’Irlande, et la directive AIFM devrait confirmer leurs positions. Pour notre part, nous allons commencer à transférer cet été des fonds offshore de Jersey à Luxembourg. Il y aura ainsi une période de transition pendant laquelle nous maintiendrons une offre offshore et une offre onshore, avant que la gamme bascule en onshore. Cependant, dès 2015, l’Union européenne devrait offrir aux fonds non européens une solution de passeport sélective, pour être commercialisés dans tous les pays européens, et la place de Jersey pourrait en bénéficier. Nous ne misons pourtant pas sur cette évolution et préférons privilégier le nouveau cadre réglementaire, plus adapté au marché institutionnel.

Et quels sont les pays qui devraient montrer le plus d’appétit pour ces nouvelles offres ?

L’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et les pays scandinaves comptent le plus grand nombre d’investisseurs, fonds de pension, assureurs et grandes entreprises, ouverts aux fonds alternatifs. La France accuse un certain retard, mais ce nouveau cadre réglementaire pourrait justement permettre un redéveloppement de ce marché. Dans le passé, les multigérants français avaient surtout appuyé leur développement sur les investisseurs étrangers.

L’existence d’un marché des fonds Ucits alternatifs dynamiques ne sera-t-il pas un frein au développement de cette offre de fonds alternatifs onshore ?

Il est vrai que les Ucits sont un excellent outil de distribution de certaines stratégies alternatives. Mais ces OPCVM sont soumis à des contraintes fortes, en termes de liquidité, de diversification, de levier, de recours aux positions «short», qui les empêchent de mettre en œuvre un grand nombre de stratégies, telles que les «event driven» et les stratégies de crédit, et d’actifs, tels que la dette d’entreprise («loans») ou les matières premières. En outre, ces fonds donnent accès à la gestion alternative aux clients privés, avec un minimum de souscription raisonnablement peu élevé, souvent de l’ordre de 10.000 euros, tandis que les fonds couverts par la directive AIFM s’adressent exclusivement aux professionnels, avec un minimum de souscription de 125.000 euros par exemple au Luxembourg. C’est pourquoi nous les considérons comme très complémentaires. Nous choisirons d’ailleurs dans un premier temps de lancer sur notre nouvelle plate-forme une dizaine de stratégies diversifiées qui n’entrent pas en concurrence avec les Ucits alternatifs.

Misez-vous aussi sur l’image de ces fonds alternatifs européens régulés pour les commercialiser hors d’Europe, sur le modèle des Ucits ?

Ces fonds alternatifs intéresseront certainement les investisseurs de pays qui n’ont pas mis en place une régulation locale de la gestion alternative. Nous observons des marques d’intérêt pour ces nouveaux véhicules auprès des fonds de pension d’Amérique latine par exemple, et nous pourrons nous appuyer sur nos forces commerciales hors d’Europe, qui effectivement distribuent déjà notre offre de gestion alternative, nos produits Ucits mais aussi notre plate-forme de comptes gérés..

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