Dossier Gestion diversifiée

La volatilité accroît la marge de manœuvre des gérants

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Elle amène les gérants à exploiter réellement leur liberté de gestion. L'année 2011 a fait figure de test.

Il existe une grande diversité dans les approches de la gestion flexible, explique Muriel du Chatelier, responsable de l'allocation d'actifs de CCR Asset Management. Il faudra les classer en sous-catégories selon leur degré de flexibilité et leur approche afin que les investisseurs choisissent en toute connaissance de cause. » L'année 2011 et ses performances en dents de scie sur les marchés actions permettent aux investisseurs de commencer à faire le tri sur bon nombre de produits lancés en 2009, qui n'avaient jusqu'alors pas connu de choc de cette ampleur. Il s'agit de vérifier si les gérants ont utilisé à plein leur marge de manœuvre l'an dernier ou si les fonds n'ont de flexible que le nom. « Les investisseurs demandent une gestion de plus en plus dynamique, mais toutes les sociétés de gestion n'ont pas la même approche de la flexibilité, résume Frank Trividic, responsable de la gestion diversifiée globale et rendement absolu de Natixis Asset Management. Certains sont surtout flexibles au sein de chaque classe d'actifs, en passant par exemple d'une région à l'autre sur les actions. D'autres, et c'est l'approche de Natixis AM, mettent en place un véritable pilotage dynamique de l'exposition actions. »

Des convictions fortes

Les fonds pouvant détenir 0 à 50 % d'actions ou 0 à 100 % d'actions sont en effet de plus en plus nombreux. Mais leurs gérants n'utilisent pas toujours l'intégralité de leur marge de manœuvre. Or en matière de gestion flexible, l'eau tiède ne donne pas de bons résultats : il faut au contraire - et c'est un exercice particulièrement délicat - mettre en œuvre une gestion de convictions fortes, à l'exact opposé des gestions benchmarkées. Rien d'étonnant, dans ce cas, à ce que les gestions 100 % flexibles se soient, au départ, développées au sein des boutiques de gestion plutôt que dans les grandes structures privilégiant les gestions à faible tracking error.

« Une bonne gestion flexible nécessite de subir le moins de contraintes possibles, tant sur le degré d'exposition que sur l'univers d'investissement, qui doivent être les plus larges possibles », analyse Olivier Ginguené, directeur du département allocation d'actifs et gestion quantitative de Pictet Asset Management. Son fonds Pictet Global Flexible Allocation peut ainsi détenir entre 0 et 100 % d'actifs risqués, sur toutes les classes d'actifs : actions, obligations, volatilité, devises, matières premières, etc. « Mais un univers d'investissement large ne signifie pas qu'il faut investir sur toutes les classes d'actifs, explique-t-il. Il faut au contraire mettre en œuvre des convictions fortes sur un petit nombre de choix, ce qui nécessite de s'appuyer sur une équipe de spécialistes. On ne peut pas piloter seul ce type de produits multiclasses d'actifs. »

Pictet use de cette grande liberté, comme d'autres sociétés de gestion, dans le cadre d'un fonds ouvert. Mais elle est aussi souvent déclinée dans des fonds dédiés ou des mandats, plus aisément adaptables aux contraintes spécifiques de l'investisseur sur le type d'actifs éligibles ou les supports d'investissements autorisés.

Réactivité

La gestion flexible nécessite par ailleurs, pour être réellement dynamique, des circuits de décision courts : il faut pouvoir réagir rapidement aux événements de marché, quel que soit le processus de gestion. « Notre fonds CCR Flex est passé de 30 % d'actions fin juillet 2011 à 0 % mi-août », rappelle son gérant Romain Lahoste chez CCR Asset Management. A noter que ce produit est géré avec une approche systématique, en fonction d'un modèle quantitatif. « Cela nous permet d'exploiter l'intégralité de la fourchette 0-100 % actions, sans biais psychologique, puisque contrairement à un gérant, le modèle n'est pas sensible à la pression dans les situations de stress », précise son gérant.

Que le processus repose sur un modèle quantitatif ou sur une approche fondamentale, le degré de liberté accordé au gérant nécessite toujours une grande transparence dans la gestion. « Contrairement à la gestion 'benchmarkée', pour laquelle le cadre est plus clairement défini, la gestion flexible nécessite un lien plus étroit avec le client, confirme Frank Trividic. Nous fournissons donc des 'reportings' mensuels détaillés pour nos fonds flexibles afin d'expliquer nos choix d'allocation stratégique entre les principales classes d'actifs. » Mais au-delà des reportings, c'est lors de la commercialisation du produit que la société de gestion doit s'assurer de la bonne compréhension du processus et des marges de manoeuvre du gérant pour éviter une déception future, comme ce fut le cas sur certains fonds en 2011.

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