Dossier ETF

Vive le "smart beta" !

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

L'offre d'ETF basés sur des indices innovants se développe. Les sociétés de gestion y voient un véritable relais de croissance.

Smart beta, alternative beta, advanced beta, les termes désignant des indices innovants sont aussi nombreux que les stratégies qu'ils mettent en œuvre. Ce terme est désormais synonyme de relais de croissance pour les sociétés de gestion d'ETF (fonds indiciels cotés ou ETF pour exchange-traded funds). Le concept n'est pas nouveau, puisque certains émetteurs comme Lyxor et Invesco Powershares ont développé des ETF de ce type dès 2007-2008. Mais ces stratégies ont pris leur envol depuis deux ans.

Le terme de smart beta désigne l'utilisation d'indices dont la composition diffère des méthodes de calcul traditionnelles. Les méthodes alternatives employées sont nombreuses : minimum variance, équipondération, utilisation de facteurs fondamentaux, approche par la volatilité, etc. « L'objectif des indices 'smart beta' est de corriger les limites des indices traditionnels pour offrir potentiellement un meilleur couple risque-rendement à long terme et accroître la diversification, explique Isabelle Bourcier, directrice du développement d'Ossiam. Les clients institutionnels comme les caisses de retraite, les fonds souverains ou les multi-gérants repensent leur allocation d'actifs en incluant du 'beta' intelligent ». Lancé en 2011, Ossiam gère aujourd'hui 1,07 milliard d'euros, exclusivement en smart beta via des ETF et des mandats. « Il faut du temps pour bien expliquer la stratégie 'smart beta' aux clients », complète François Millet, responsable du développement produit ETF et fonds indiciels chez Lyxor. Mais le succès de ces nouveaux produits est réel : 28 % de la collecte mondiale des ETP en 2013, soit 65,1 milliards de dollars (48,2 milliards d'euros), se sont portés sur des produits smart beta actions, d'après les statistiques de BlackRock.

Nombreuses sont les sociétés de gestion à mettre l'accent sur ces stratégies innovantes. Ainsi, 38 % des encours d'Invesco Powershares, soit 700 millions de dollars (518 millions d'euros) sur les 1,8 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros) de la structure, sont investis sur la gamme d'indices fondamentaux FTSE Rafi. « Invesco Powershares a démarré en Europe début 2008 avec la gamme Rafi. Les investisseurs institutionnels ont commencé à se familiariser avec ces indices alternatifs via des mandats, puis, de façon plus récente, via les ETF » , analyse Thibaud de Cherisey, directeur du développement d'Invesco Powershares.

Le défi de la simplicité

La moitié de la collecte 2013, soit 200 millions de dollars (148 millions d'euros), s'est orientée vers les ETF innovants de la maison. « Nous réfléchissons aujourd'hui à développer d'autres produits de 'smart beta', dans la lignée du succès du S&P 500 Low Vol de Powershares aux Etats-Unis, c'est-à-dire avec des recettes simples à appréhender » ajoute Thibaud de Cherisey. Cet ETF affiche aujourd'hui 3,6 milliards de dollars (2,7 milliards d'euros) sous gestion, et avait beaucoup fait parler de lui en avril dernier lorsque son encours atteignait le record de 5,4 milliards de dollars (4 milliards d'euros). La recette est simple : il est investi sur les 100 valeurs les moins volatiles du S&P 500.

Autre thème à succès dans un contexte actuel de taux d'intérêt, la recherche du rendement. Ainsi, la gamme d'ETF Dividend Aristocrats de SSGA, basée sur des indices S&P, a collecté près d'un milliard de dollars (740 millions d'euros) en Europe l'an dernier. « L''advanced beta' représente aujourd'hui un quart de nos encours en Europe, et un tiers de notre collecte 2013. Il s'agit d'un vrai relai de croissance, indique Olivier Paquier, directeur pour la France de SPDR ETF, cela fonctionne car nous nous concentrons sur des stratégies simples à comprendre, transparentes et vérifiables par le client. »

La simplicité est un véritable défi dans l'univers du smart beta. « Nous travaillons en permanence avec des fournisseurs d'indices qui nous proposent de nouvelles stratégies, et nous sommes à l'écoute des besoins de nos clients. De plus, nous gérons des portefeuilles de 'smart beta' via des mandats. Tout cela constitue une base pour développer de nouveaux ETF de 'smart beta' » , indique François Millet chez Lyxor. Cette maison propose aujourd'hui 11 ETF smart beta fondés sur des indices fondamentaux ou sur le risque, pesant 1,1 milliard d'euros.

Prochain défi : développer des ETF smart betadans l'univers obligataire. Car l'innovation s'est, pour l'heure, surtout portée sur les indices actions. « Nous avons développé depuis 2011 des ETF 'smart beta' sur les actions et les matières premières. La prochaine étape sera le lancement de produits dans l'univers obligataire : nous y travaillons », précise Isabelle Bourcier chez Ossiam. De son côté, Source a pris le parti de centrer son offre obligataire sur des indices innovants : « Nous proposons des ETF obligataires sur des indices utilisant des moteurs différents apportant une forte valeur ajoutée, en beta + et en gestion active plutôt que sur des ETF passifs traditionnels en obligataire, indique Ludovic Djebali, directeur des ventes de Source, car nous considérons qu’ils sont mieux adaptés aux besoins des investisseurs institutionnels. La collecte nette en 2013 de nos produits obligataires différenciants, soit 1,8 milliard d'euros, a représenté 25 % du total des flux en Europe, ce qui confirme la forte demande de la part des investisseurs »

Les principaux groupes de smart beta actions :

- stratégie d'équipondération : toutes les valeurs de l'indice sont équipondérées. Evite le biais de concentration sur les plus grandes capitalisations.

- stratégie minimum variance : basée sur les niveaux de volatilité et les corrélations entre les actifs.

- stratégie equal risk contribution : les composants de l'indice sont pondérés en fonction de leur contribution à la volatilité, et non de leur capitalisation.

- stratégie fondamentale : indices construits en fonction de critères fondamentaux comme le chiffre d'affaires ou les dividendes.

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