Vincent Strauss incarne la vision long terme de l’investissement chez Comgest

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Le président de cette société de gestion et cogérant du fonds actions émergentes Magellan a mis en place une organisation plus adaptée à la taille de l’entreprise.

Société de gestion parisienne indépendante, installée dans le quartier de l’Opéra, et dont le nom commence par « c », je suis, je suis… Comgest, l’un des premiers gérants français à avoir investi dans les actions internationales, et ce dès sa création en 1985. « A l’époque, alors que les gérants actions français restaient focalisés sur leur marché domestique, nous avons fait le pari de la mondialisation », observe Vincent Strauss, son président, qui incarne cette entreprise qu’il a contribué à développer aux côtés des deux fondateurs Jean-François Canton et Wedig von Gaudecker (aujourd’hui retirés des affaires et membres du conseil de surveillance de Comgest), ainsi que de Laurent Dobler et Arnaud Cosserat, associés de longue date.

Dans un segment de la gestion actions particulièrement touché par la crise, Comgest tire son épingle du jeu. Les actifs sous gestion de l’entreprise culminaient à 15,5 milliards d’euros fin septembre dernier. Au cœur de ce succès : une vision long terme de l’investissement. « Nous gérons nos portefeuilles comme dans une holding de participation », indique Wojciech Stanislawski, cogérant des fonds émergents, dont le fonds phare Magellan (3,1 milliards sous gestion), avec Vincent Strauss. Ce dernier se réfère d’ailleurs volontiers à la gestion de l’américain Warren Buffett et précise que l’analyse des entreprises accapare 80 % du temps des gérants.

A côté du pôle émergent, deux autres équipes sont en charge des actions européennes et internationales (monde/Etats-Unis), sous la houlette d’Arnaud Cosserat et Laurent Dobler pour la première, et Céline Piquemal-Prade pour la deuxième. Les gérants sont basés à Paris mais une partie des analystes sur les actions émergentes sont installés sur place avec des équipes en Chine, à Singapour, au Japon et en Inde. Comgest se distingue ainsi d’autres entreprises investissant dans ces pays. « Il est important d’avoir des gens proches de ces marchés pour passer le barrage de la langue, de la culture et du décalage horaire », explique Céline Piquemal-Prade, responsable de la gestion des fonds globaux. « Ainsi nous pouvons mieux comprendre les logiques économiques et avoir des contacts réguliers avec les dirigeants dans des régions où les entreprises ne sont pas toujours très fiables en termes de gouvernance », ajoute Wojciech Stanislawski. Mais la responsabilité de la gestion, partagée en équipe, est finalement assumée à Paris. « Cette organisation duale nous permet d’investir dans la sérénité et de ne pas être perturbés par les bruits du marché », complète Vincent Strauss.

Gestion de conviction

« Notre gestion est une gestion de conviction qui cherche des sociétés de croissance aux modèles pérennes avec de fortes franchises, un savoir-faire unique, du ‘pricing power’ ou d’importantes barrières à l’entrée pour les protéger. Le tout à un prix raisonna

ble », résume Céline Piquemal-Prade. Surtout, ces entreprises doivent être capables de transformer ces avantages concurrentiels en bénéfices et de les conserver dans le temps. Pour dénicher ces pépites, les équipes de Comgest vont effectuer un véritable travail de fourmis en utilisant des bases de données, en visitant les entreprises, en discutant avec des experts… Un premier filtre quantitatif va permettre d’isoler les entreprises correspondant aux canons de Comgest.

A partir de cette base, les analystes-gérants vont établir une liste resserrée de candidats à l’entrée dans les portefeuilles et sur laquelle ils vont poursuivre leur travail de recherche et accumuler des connaissances (sur le métier, les produits, le secteur, les concurrents…). Mais avant d’être sélectionnée, une entreprise va passer sous les fourches caudines de l’équipe. Dans chacun des trois pôles d’expertise, une réunion hebdomadaire de recherche permet à chaque analyste-gérant d’exposer ses idées d’investissement. « Lors de cette étape importante, chacun va exposer aux autres membres de l’équipe pourquoi il estime que telle valeur ou telle autre doit entrer dans notre univers d’investissement », rapporte Arnaud Cosserat. Un échange est alors engagé où l’analyste doit convaincre ses collègues.

Il peut alors se passer plusieurs semaines avant que l’investissement ne soit finalement validé avec des allers-retours, des analyses complémentaires, de nouveaux contacts avec la société ou des experts. « Ce qui nous caractérise aussi est notre grande patience pour faire entrer les valeurs en portefeuille », précise Arnaud Cosserat. Le délai peut s’étendre même sur des années comme avec Wal-Mex, la filiale mexicaine de Wal-Mart. « A la fin des années 90, nous voulions investir dans une société nous permettant de jouer la révolution de la grande distribution dans le pays, se souvient Wojciech Stanislawski. Nous nous sommes rapidement intéressés à Wal-Mex mais le titre était bien trop cher. Nous avons continué de le suivre et avons attendu 2008 pour le mettre dans nos portefeuilles, à la faveur de la crise. »

L’ensemble des ressources collectées par les trois pôles servent à alimenter tous les fonds de la gamme, notamment les fonds émergents qui se nourrissent d’entreprises des pays développés fortement implantées dans les émergents. L’une des principales lignes du fonds Magellan est Heineken, une valeur suivie par l’équipe Europe. Le cloisonnement entre les différentes zones géographiques étant de plus en plus artificiel, l’organisation pourrait évoluer dans les prochains mois pour faciliter la communication entre les équipes. Déjà, Arnaud Cosserat est chargé de piloter la cohésion des équipes de gestion.

Equipe support dédiée

La croissance rapide des encours a par ailleurs poussé Vincent Strauss et son équipe à adopter une nouvelle organisation scindant les fonctions opérationnelles et de gestion. « Ces deux fonctions essentielles au bon fonctionnement d’une société de gestion sont désormais clairement séparées, ce qui permet aux gestionnaires de se concentrer sur leur rôle d’investissement, souligne Jan-Peter Dolff, ancien gérant chez Comgest devenu directeur général. Il devenait compliqué de ne pas avoir d’équipe support dédiée compte tenu de notre taille, de nos cinq licences de sociétés de gestion et des exigences de plus en plus fortes des clients. » Jan-Peter Dolff siège également, avec Arnaud Cosserat et Vincent Strauss, au comité de direction. Cette nouvelle organisation doit permettre à Comgest de continuer de croître. Mais Vincent Strauss assure que l’évolution de l’entreprise se fera toujours à petits pas et avec le souci de la pérennité.

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