Vincent Gombault sélectionne le meilleur du non-coté chez Axa PE

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Le directeur des fonds de fonds primaires et secondaires a créé une expertise mondiale dans l’analyse et la diversification des risques.

Une fiche synthétique sur chaque fonds, trois à quatre autres pages sur chaque participation de ces fonds dans une entreprise. Voilà à quoi pourrait théoriquement se résumer un fonds de fonds de private equity. Mais avec une bonne diversification des risques, cela devient vite très complexe, nécessitant des actifs importants et des équipes étoffées. C’est ce qu’a compris Vincent Gombault en lançant l’activité en 1999 chez Axa Private Equity pour en faire l’un des grands spécialistes mondiaux, sans doute l’un des plus performants*. Après dix ans comme banquier d’affaires, gérant puis entrepreneur, il avait rejoint Dominique Senequier pour développer ce service : « Au début avec une approche de fonds secondaire (rachats de parts dans des fonds existants, NDLR) en partenariat avec Paul Capital », pour le compte d’Axa mais aussi d’investisseurs tiers (CDPQ, LGT, Caisse Desjardins, etc.), présents pour plus des deux tiers des fonds de fonds aujourd’hui.

100 professionnels

Dès 2000, Vincent Gombault récupère la gestion de fonds de fonds primaires lancés par ailleurs avec AIG. « Une activité de sélection des meilleures équipes en LBO (leveraged buy-out, NDLR) et capital-développement par secteurs, zones géographiques et millésimes, qui reprend les méthodes de ‘due diligence’ utilisées par les fonds directs auprès des entreprises, et par le secondaire », explique-t-il. Cette double approche l’amène aussi à conseiller certaines institutions en allocation d’actifs, primaires et secondaires, sachant que les logiques de maturités et de performances sont complémentaires. Son équipe est dès l’origine composée de Benoît Verbrugghe (responsable du bureau new-yorkais depuis l’acquisition l’an dernier du portefeuille de private equity de Bank of America), de Franck Nguyen, Christophe Florin (devenu depuis directeur des fonctions supports) et très vite d’Olivier Decannière, arrivé via une activité fonds de retournement. Douze ans plus tard, elle gère près de 14 milliards de dollars et mobilise une plate-forme de 100 professionnels sur 7 bureaux (Paris, Londres, New York, Francfort, Singapour, Milan et Zurich), dont 40 en investissement, 20 en fonctions supports (middle-office), et 40 collaborateurs dédiés chez State Street pour l’administration des fonds (back-office).

Si les fonds de fonds Axa PE sont investis de manière bien différenciée en primaire, secondaire et « early secondary » (rachats de parts de fonds investis à moins de 50 %), les gérants sont, eux, organisés par géographies (Europe, Amérique du Nord, Asie). Ils suivent chacun localement une dizaine de fonds ou gérants directs (GP), chaque fonds sous-jacent étant suivi par deux à quatre professionnels dans le cadre d’une organisation pyramidale qui laisse peu de place aux seniors venant de l’extérieur : Vincent Gombault est aussi attentif à la promotion des jeunes qu’à la rotation régulière de ces binômes, « tous les trois ans afin de limiter les ‘habitudes’ qui pourraient fausser leur analyse des sous-jacents ».

Quel que soit le niveau hiérarchique, les gérants participent donc à l’important travail de monitoring, qui consiste à mettre à jour, trimestre après trimestre, les informations sur chacun des quelque 500 fonds et de leurs GP (track record, organisation, équipe...), mais également sur les principales entreprises sous-jacentes (5.000 fiches sur les 8.000 lignes en portefeuille). Des informations quantitatives, mais aussi qualitatives collectées via des entretiens auprès des GP « afin de valider ensemble les hypothèses de sortie en termes à la fois de date et de valorisation du prix de cession estimé à partir des différentes méthodes, notamment des ‘cash-flows’ futurs (DCF) », indique Ingmar Vallano, senior investment manager.

Choix d’actifs primaires et secondaires

Cette collecte représente bien les deux tiers du travail, en général plutôt en deuxième partie du trimestre une fois reçus les rapports des fonds sous-jacents, le reste étant consacré au reporting au middle-office des flux de cash : chaque semaine commence par un point sur la position de trésorerie, indispensable pour répondre aux appels des fonds sous-jacents, « et qui peut permettre de faire gagner 3 % de TRI (taux de rendement interne, NDLR) quand elle est bien gérée ! », se félicite Vincent Gombault. Et bien sûr à la recherche de nouveaux investissements et surtout à leur valorisation en secondaire. « En croisant toutes les informations de nos fonds et GP partenaires, et celles que nous récupérons via l’activité secondaire auprès d’autres fonds, nous couvrons 60 % à 80 % du marché au-dessus d’une certaine taille d’entreprises non cotées », estime Olivier Decannière. Depuis 2008, l’équipe a aussi une démarche proactive sur les niveaux de liquidités et d’endettement (ainsi que les covenants) des entreprises en portefeuille. D’autant plus que l’activité de prêts mezzanine d’Axa PE dépend de Vincent Gombault, « notamment parce qu’elle découle d’une même approche plus prudente du non-coté ».

Le fait d’être présent en primaire dans de nombreux fonds simplifie aussi l’analyse lors des mises en vente de parts de fonds en secondaire. Les dossiers d’investissements sont constitués en trois phases par le gérant à l’origine du contact, généralement plus senior, et ceux qui connaissent déjà le fonds ou le GP. « Un travail commun qui motive les jeunes », note Ingmar Vallano. Même si la décision finale revient au comité présidé par Dominique Senequier et composé, en plus de Vincent Gombault, des trois senior managing directors et six managing directors. « Notre métier porte encore avant tout sur la sélection des actifs », insiste Benoît Verbrugghe, en évoquant notamment la profondeur du marché nord-américain. Si l’accès aux plus grands fonds de LBO est moins « réservé » qu’auparavant, passer par un fonds de fonds permet aussi d’être prévenu en amont, d’obtenir de meilleures conditions dans les négociations et d’être représenté au comité consultatif (advisory board). Les participations aux assemblées annuelles et les échanges d’expériences avec les GP obligent aussi les gérants d’Axa PE à voyager un peu. « C’est d’autant plus nécessaire en Europe, où chaque pays a une législation et un tissu économique encore différent », explique Olivier Decannière. Un « mal » nécessaire donc pour limiter à 1 % maximum le taux de défaut traditionnellement estimé sur cette activité de fonds de fonds. Et pour convaincre de nouveaux investisseurs, notamment dans le cadre de la levée d’une cinquième génération de fonds de fonds qui vient de débuter, visant par exemple près de 4 milliards de dollars pour le secondaire.

*Les fonds Axa Secondary Fund I, II, III et IV (4,5 milliards de dollars) enregistrent un taux de rendement interne (TRI) moyen autour de 40 % selon les normes Global Investment Performance Standards (GIPS). Et les fonds Axa Early Secondary I, II et III (1,6 milliard de dollars) et les fonds de fonds et mandats primaires (7,8 milliards de dollars) des TRI entre 15 % et 20 %, mais avec des multiples bien supérieurs aux fonds secondaires..

L'équipe

Ingmar Vallano,30 ans, senior investment manager

Grégoire Guinot, 33 ans, director

Franck Nguyen,39 ans, senior managing director (Europe)

Glenn Richard,36 ans, senior investment manager

Olivier Decannière, 40 ans, senior managing director (Europe)

Jérémie Thierry, 31 ans, senior investment manager

Vincent Gombault,47 ans, membre du directoire, directeur général des fonds de fonds et mezzanine

Kevin Le Toux,27 ans, investment manager

Benoît Verbrugghe, 36 ans, senior managing director (Amérique du Nord)

Arnaud Mercier, 29 ans, investment manager

Xavier Belloir, 35 ans, managing director

Mathieu Lebrun, 29 ans, investment manager

Cyril Auger, 36 ans, senior investment manager

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