Dossier Gestion obligataire

La vie en rose des fonds de dette

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Investis dans de la dette d'entreprise, immobilière ou d'infrastructure, ils sont une source de rendement complémentaire, à moindre liquidité.

Les créances sont le plus vieil instrument financier du monde », rappelle Stéphane Blanchoz, responsable de la gestion obligataire alternative de BNP Paribas Asset Management. Certes, mais ce marché s'est considérablement sophistiqué, pour devenir une classe d'actifs à part entière dans l'allocation des investisseurs institutionnels. Ceux-ci sont désespérément à la recherche de rendement dans un contexte de taux d'intérêt au plus bas. Les fonds de dette procurant du rendement, dans un cadre sécurisé, mais à moindre liquidité, répondent à cette problématique.

« Il y a une véritable accélération depuis dix-huit mois : on est passé d'une opportunité conjoncturelle, liée à la crise de 2008, à une opportunité structurelle, liée à la désintermédiation du marché des créances », analyse Mathieu Chabran, directeur général de Tikehau Investment Management, qui a collecté 500 millions d'euros sur des produits de private debt en 2012. En effet, la réglementation Bâle 3 incite les banques à limiter leurs prêts aux entreprises.  « Par ailleurs, les entreprises souhaitent diversifier leurs sources de financement auprès d'autres types de prêteurs que les banques », explique Stéphane Blanchoz. Les sociétés de gestion s'engouffrent dans cette brèche en proposant des fonds de dette. Il s'agit souvent de dette d'entreprises, PME ou ETI, mais le phénomène des fonds de loans (dette) est plus large. La Banque Postale Asset Management vient par exemple de collecter 500 millions d'euros sur un fonds commun de titrisation spécialisé dans la dette infrastructure et immobilière. Les investisseurs institutionnels, en particulier les compagnies d'assurances, sont les principaux clients de cette nouvelle classe d'actifs. Mais les particuliers s'y intéressent aussi. Ainsi, 21 % des 48 millions d'euros levés sur le fonds Avenir PME Obligations par Twenty First Capital proviennent d'investisseurs physiques. « Les 'family offices' et les clients privés éligibles, qui sont souvent eux-mêmes entrepreneurs, comprennent bien les problématiques de financement des PME, indique Christophe Leroy, fondateur de Caram Partners, qui est intervenu comme conseil dans la création de ce fonds. Ils élargissent leurs investissements dans les PME par une allocation en dettes privées au sein de leur patrimoine, aux côtés de la poche de 'private equity'. »

Connaissance juridique

Le fonds de Twenty First Capital est un FCPR (fonds commun de placement à risque) allégé, mais d'autres structures juridiques, comme le fonds commun de titrisation ou le fonds contractuel, cohabitent sur ce marché. La forme de l'investissement est d'ailleurs un élément crucial pour l'investisseur. Au-delà des compétences d'analyse crédit, qui existent dans de nombreuses sociétés de gestion, la gestion de fonds de loans nécessite une très bonne connaissance juridique de ces instruments. « La gestion de 'loans' comporte des contraintes opérationnelles fortes : on ne transfère pas une créance aussi facilement qu'une action ou une obligation, atteste Stéphane Blanchoz. Et toutes les sociétés de gestion n'ont pas encore développé cette expertise. » Un caractère technique confirmé par Christophe Leroy : « Le marché est très restreint aujourd'hui et l'écosystème est en phase de développement. » Au-delà de ces aspects opérationnels, les sociétés de gestion doivent développer des produits de dette compatibles avec les contraintes juridiques de leurs clients institutionnels, en particulier des assureurs.  « On présente souvent la réglementation comme un frein au développement des fonds de 'loans'. Mais c'est une excuse : nous avons de nombreux clients assureurs qui n'éprouvent pas de difficultés techniques à souscrire nos produits », indique Mathieu Chabran, qui propose aujourd'hui des fonds de dette d'entreprise et immobilière. De son côté, BNP Paribas Asset Management gère désormais 1,6 milliard d'euros en fonds de dette d'entreprises depuis Paris et New York. « Nous réfléchissons à élargir notre offre sur la dette immobilière, pourquoi pas en s'appuyant sur l'expertise immobilière du groupe », confie Stéphane Blanchoz.

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