La victoire du Nord

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La victoire du Nord

L’inévitable remise au pas de Chypre comporte comme avantages de n’impliquer ni le contribuable européen ni le petit déposant dans le sauvetage de banques largement boursouflées par des dépôts douteux. Comme de coutume, le discours officiel assure que Chypre, après la Grèce, est un nouveau cas spécifique qui ne préjuge pas du traitement applicable dans les autres pays vulnérables de la zone euro. On fera bien de ne pas croire un mot de cette rhétorique.

La vérité n’est pas sortie de la bouche d’un enfant mais du novice président de l’Eurogroupe. Selon lui, Chypre a bien constitué le laboratoire des futures résolutions bancaires en Europe (

lire L'Evénement page 8). Si ses partenaires européens l’ont amené à nuancer son propos en rappelant que ce sujet ne sera tranché qu’à l’été au niveau de l’Union, il n’en a pas moins exprimé le consensus dans le Nord de l’Europe selon lequel le contribuable, entendez le contribuable nordique le moins responsable des dérapages budgétaires et bancaires constatés dans les pays du Sud, ne doit plus être appelé à renflouer un établissement en perdition.

L’ordre qu’il a tracé est précis : après les actionnaires, tous les obligataires seront impliqués par ordre décroissant de séniorité, puis les déposants pour la partie dépassant la garantie de 100.000 euros, désormais sanctuarisée au niveau du continent. Il n’a pas évoqué les contribuables, en quelque ressort que ce soit. Le Premier ministre finlandais, qui s’est exprimé après lui, n’a pas dit autre chose.

Cette inviolabilité proclamée de l’argent des contribuables est certes justifiée sur le plan des principes. Elle peut cependant avoir des conséquences très fâcheuses en déclenchant une « fuite vers la qualité » bancaire : investisseurs et déposants pourraient migrer vers des établissements réputés sûrs et imposer aux plus fragiles un risque de liquidité nouveau et un coût du capital croissant. Une autre conséquence, c’est que le fonds d’urgence européen constitué à grand-peine pour venir au secours des établissements bancaires en difficulté paraît, à mots couverts, promis à l’inutilité. On n’en sera pas surpris quand on se souvient comment Berlin a empilé les conditions pour qu’il ne puisse être utilisé pour couvrir des pertes passées et ne servir qu’en extrême recours pour les pertes à venir.

Faire revenir - au nom de la solidarité européenne - les capitales nordiques sur ce choix fondamental, surtout dans la perspective des élections allemandes, nécessiterait un rapport de force hors de portée de leurs partenaires, notamment de la France que sa situation économique et budgétaire condamne à la modestie politique. Quel que soit son choix sur le futur mode de résolution bancaire, l’Europe doit en tout cas le préciser aussi vite que possible. Car l’incertitude est lourde de dangers et de réactions inattendues au cas d’un nouveau choc en zone euro. Du train où vont les choses, il ne saurait tarder. 

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