Dossier Matières premières

Vers la fin du cycle haussier

le 23/05/2013 L'AGEFI Hebdo

L'évolution des matières premières se mesure à l’aune de celle des corrélations entre leurs prix et ceux des autres classes d’actifs.

L

es matières premières ont réalisé de moins bonnes performances comparé à d’autres classes d’actifs au cours des deux dernières années, notamment par rapport aux actions », observe Koen Straetmans, stratégiste multiclasses d’actifs chez ING IM. De fait, alors que l’indice S&P 500 va de sommet en sommet après une progression de plus de 40 % depuis fin 2011, les matières premières sont restées stables mais avec une volatilité non négligeable, à l’image de l’indice S&P GSCI (voir le graphique). « A partir de 2002, les prix des matières premières ont été fortement corrélés à l’industrialisation et au développement économique de la Chine, rappelle Chloé Koos Dunand, stratégiste matières premières et monnaies associées chez Pictet. Ce cycle économique favorable a non seulement bénéficié à cette classe d'actifs mais aussi aux actions. Cette corrélation traditionnelle n’est plus à l’œuvre depuis fin 2011. » D’autres corrélations classiques ne sont plus aussi systématiques. Christian Parisot, économiste en chef chez Aurel BCG, relève le comportement de l’or, actif refuge par nature. « Lors d’une hausse de l’aversion pour le risque, le dollar monte et l’or aussi,constate ce dernier.Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. »Depuis fin 2012, ces deux actifs ne suivent plus les mêmes directions. Leur corrélation est devenue quasi nulle.

Arbitrages

Résultat, quand le dollar reste stable face à l’euro depuis novembre dernier, l’once d’or chute de près de 20 %. Il en va de même entre les cours du pétrole et le billet vert. « La corrélation inverse entre ces deux actifs n’est plus à l’œuvre, poursuit Christian Parisot. Traditionnellement, lorsque la valeur du dollar contre euro ou yen augmentait, les prix du brut diminuaient. Ce qui se justifiait par les anticipations de baisse de demande d’essence en Europe et en Asie du fait du renchérissement du pétrole en raison de la hausse du dollar. Le recul de cette corrélation montre que le marché intègre de nouveaux facteurs et particulièrement ceux liés à l’augmentation de l’offre de pétrole (gaz de schiste, brut non conventionnel…). »

L’évolution de la perception des investisseurs par rapport aux multiples facteurs qui influent sur les prix explique aussi la moindre corrélation entre matières premières et actions. « Les actions ne sont pas montées sur des révisions de croissance, la Bourse ne semble réellement monter que sur une logique de 'quantitative easing' », analyse Christian Parisot. Ces mouvements paraissent en effet en grande partie liés aux politiques monétaires des banques centrales et aux taux d'intérêt réels négatifs. Dans ce contexte, un arbitrage s’est opéré en faveur des actifs offrant du rendement. « Les marchés actions ont fortement réagi au discours des banquiers centraux, pas les matières premières… », poursuit l’économiste d’Aurel BCG. De fait, les injections de liquidité, via les programmes d’assouplissement quantitatif, ont cette fois davantage bénéficié aux actions et obligations qu’aux matières premières. « Les investisseurs se sont particulièrement orientés vers les valeurs défensives et de rendement plutôt que vers les actifs considérés comme cycliques et n’offrant pas de rendement comme les matières premières », ajoute Koen Straetmans.

L'arbitrage a été plus important encore sur les matières premières affichant un portage négatif (courbe en contango). Cela traduit aussi une perception nouvelle par rapport au cycle de croissance mondiale qui montre des signes de ralentissement en Chine (lire aussi pages 26 à 28). Un ralentissement structurel qui risque d’autant plus de freiner le prix des matières premières que cette baisse potentielle de la demande s’accompagne d’un afflux d’offres sur le marché. « Il faut en moyenne une dizaine d’années pour mettre en production un nouveau gisement, explique Chloé Koos Dunand. Ainsi, c’est aujourd’hui que certains projets d’investissements lancés au début du boom des matières premières arrivent sur le marché. » « Pour la première fois depuis plusieurs années, le marché du cuivre devrait offrir un surplus excédentaire à la fin de l’année », illustre Koen Straetmans.

Les moindres corrélations témoignent également de la réduction du risque systémique en zone euro, surtout pour l’or, ainsi que de la baisse des anticipations inflationnistes. Les dernières statistiques en Europe montrent clairement que ce risque a diminué. Plus besoin donc pour les grands fonds de pension anglo-saxons de conserver leurs positions en matières premières, actifs de couverture contre l’inflation. Un arbitrage qui alimente la baisse du prix des matières premières, leur décorrélation face aux autres classes d’actifs et au bout du compte le repli de l’inflation.

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