L'avis de... Pierre-Ignace Bernard, directeur associé senior chez McKinsey

« Ucits IV va abaisser les barrières à l’expansion internationale »

le 09/12/2010 L'AGEFI Hebdo

La directive Ucits 4 va-t-elle bouleverser les sociétés de gestion françaises ?

Elle ne va pas changer leur base de fonctionnement, mais elle va abaisser les barrières à l’expansion internationale, notamment pour les gestionnaires de taille intermédiaire. Ces derniers ne disposent pas toujours d’équipes commerciales importantes et ne proposent pas tous des fonds ouverts à l’étranger, se contentant parfois de mandats auprès de clients institutionnels. Ucits IV va leur permettre d’enregistrer plus facilement leurs fonds à l’étranger et d’y déployer leur gamme à moindre coût. En revanche, les sociétés de taille plus importante y réfléchiront à deux fois avant de supprimer des équipes de gestion locale, de peur de perdre la confiance de leurs clients.

Certains Français pourraient-ils en revanche se retirer du Luxembourg ?

Si Ucits IV favorise l’exportation des fonds nationaux, je ne crois pas que les fonds luxembourgeois vont être rapatriés vers le pays d’origine du gestionnaire. Beaucoup de banques privées et distributeurs européens ont l’habitude de travailler avec des fonds de ce pays et ont mis en place les infrastructures de back-office et le cadre juridique pour utiliser des Sicav luxembourgeoises.

Cette réforme va-t-elle permettre des économies de coûts ?

Ucits IV est un levier supplémentaire pour rationaliser les coûts, mais des efforts ont déjà été faits depuis le début de la crise dans les grandes maisons présentes dans plusieurs pays. Après un pic à 15,7 milliards d’euros en 2007, la base de coûts de l’industrie européenne de la gestion s’est stabilisée à 14,6 milliards en 2009 et il me semble illusoire d’espérer 2 à 3 milliards d’euros d’économies via Ucits IV, comme le laissent penser certaines études.

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