UBP souhaite devenir un gestionnaire pluridisciplinaire

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Le leader déchu des fonds de hedge funds investit massivement dans la gestion traditionnelle pour courtiser les institutionnels.

Il n’en est pas à son premier défi. Avant de faire les frais du rachat de Fortis Investments par BNP Paribas, Richard Wohanka avait conduit le rapprochement de son ancienne maison avec ABN Amro Asset Management. S’il a rebondi à la tête de la gestion d’actifs d’Union Bancaire Privée (UBP) en octobre 2009, ce Britanico-Bolivien doit maintenant prouver la capacité du groupe suisse à s’émanciper de la multigestion alternative. Cette stratégie a fait le succès d’UBP, devenu leader mondial des fonds de hedge funds (fonds spéculatifs) mi-2008, au pic de l’industrie. Elle lui a aussi coûté très cher : exposé à l’affaire Madoff à hauteur de 700 millions de dollars (490 millions d’euros), le groupe a partiellement indemnisé ses clients et a accepté de débourser 500 millions pour clore les poursuites du liquidateur américain.

Les encours d’UBP ont fondu de 136 milliards de francs suisses (103 milliards d’euros), fin 2007, à 65 milliards, fin 2010, sur fonds de défiance envers les hedge funds. Les trois quarts des actifs sont dans le giron de la division de banque privée, reprise en mains par Michel Longhini, ancien directeur général de BNP Paribas Wealth Management International. Les équipes de Richard Wohanka gèrent le quart restant, c’est-à-dire environ 16 milliards de francs suisses dont 55 % sont investis dans des fonds de hegde funds, soit au moins cinq fois moins qu’avant-crise.

Recrutements

Le profil du groupe a commencé à évoluer. « Auparavant, UBP avait deux grands pôles : la gestion privée et la gestion institutionnelle centrée principalement sur la multigestion alternative, explique Richard Wohanka. A partir de 2009, nous nous sommes renforcés sur le ‘long only’ (sans vente à découvert, NDLR) pour compte de tiers afin de créer un troisième pilier. Sur ce type d’expertise, nous avions surtout des fonds obligations et actions suisses à Genève. »

Pour élargir son savoir-faire dans la gestion traditionnelle, Richard Wohanka n’a pas hésité à recruter massivement chez Fortis Investments ou encore Threadneedle. « Depuis mon arrivée, les effectifs de gestion, ventes et service clientèle sont passés de 150 à 250 personnes (avec 62 recrutements internes et externes et 38 transferts entre divisions, NDLR), affirme-t-il. Les seules réductions ont concerné le pôle de multigestion alternative passé d’une centaine de personnes à 61 collaborateurs. » UBP a aussi subi des départs tel celui, l’été dernier, de sa responsable des investissements de la gestion alternative, en poste depuis un an seulement.

« Nous avons désormais nos propres équipes de gestion ‘long only’ à Londres, Zurich et Hong Kong, poursuit Richard Wohanka. A Londres, nous couvrons les actions européennes et des pays de l’Est et bientôt les zones qui ne sont pas encore dans les indices pays émergents, comme la Serbie, le Nigéria et le Bangladesh. » Hong Kong est le centre de gestion des actions asiatiques hors Japon, et Zurich celui de la dette émergente. « Nous travaillons aussi avec six gérants externes spécialistes des actions américaines, japonaises, monde et BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine, NDLR) », indique le directeur de la gestion d’actifs.

La gamme compte 56 fonds ouverts, dont 13 créés en 2010 (11 long only et 2 alternatifs). « Lancé en novembre, notre premier fonds or a déjà 250 millions de dollars d’encours, pointe-t-il. Nous avons opté pour un produit de droit suisse qui permet la livraison physique de l’or contrairement à un fonds Ucits, et pour une gestion active afin de battre l’indice via des arbitrages sur la volatilité et vis-à-vis d’autres métaux. »

Tous ces investissements devront rapidement porter leurs fruits. « Mon objectif principal est de rétablir la rentabilité de notre gestion d’actifs, souligne Richard Wohanka. Notre collecte est positive depuis l’an dernier auprès des institutionnels en Europe et en Asie. » Pour séduire cette clientèle, les nouveaux produits devront sans doute afficher un historique de performance de plusieurs années. Or, UBP vise d’ores et déjà environ 5 milliards de francs suisses de flux nets annuels d’ici à 2013. « En dehors de l’Europe, UBP faisait seulement la promotion de ses fonds de fonds alternatifs. Aujourd’hui, nous voulons vendre toute notre gamme partout, sauf aux Etats-Unis », explique Dominique Leprévots, président du directoire d’UBI, l’entité française du groupe qui affiche 1,6 milliard d’euros d’encours. « Nous n’avons en effet pas encore enregistré nos produits ‘long only’ aux Etats-Unis, où nous devons aussi renforcer notre réputation auprès des institutionnels et de leurs consultants, précise Richard Wohanka. Nous devons par ailleurs implanter notre gestion en Amérique latine, sans doute à Sao Paulo. » Reste à trouver, là encore, la bonne équipe.

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