Entretien avec... Allan Polack, chief executive officer de Nordea Asset Management*, membre de l’Efama**

« La TTF est un désastre pour les fonds de droit français »

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Marion Leblanc-Wohrer

La Suède a institué une taxe sur les transactions financières entre 1984 et 1991. Quel en a été l’impact sur l’industrie ?

Ce fut un désastre. La taxe de 0,5 % s’appliquait à tout le tradingactions local, ainsi qu’aux stock-options. La taxe a été doublée plus tard et une autre (de 0,002 %) a été introduite sur les obligations. Résultat : 60 % des volumes sur les onze stocks suédois les plus échangés se sont déplacés à Londres. Après quatre années, près de la moitié des échanges étaient délocalisés dans la capitale britannique. L’impact fut particulièrement sévère sur les obligations : pendant la première semaine d’application de la taxe, les volumes ont chuté de 85 %. In fine, les revenus tirés de celle-ci ont été très faibles et la chute des revenus sur les gains en capital les a annulés.

Selon la Commission européenne, avec la TTF, la délocalisation ne sera pas possible du fait du principe de résidence principale…

Je ne suis pas certain que cet aspect du projet soit très réaliste. Peut-on vraiment imaginer que les institutions financières asiatiques, ou même américaines, échangeant des valeurs européennes sur leur propre marché, paient la taxe ? Qui va les y contraindre ? Les marchés asiatiques ne sont pas connus pour leur transparence. Cela sera très compliqué de suivre les transactions et de faire appliquer la taxe.

Quel sera l’impact de la TTF ?

Nordea AM ne sera pas affecté directement. D’abord, la TTF ne sera pas appliquée dans les pays nordiques, où nous sommes basés, et nos fonds sont enregistrés au Luxembourg. Deuxièmement, nous investissons essentiellement sur le long terme, les portefeuilles ne tournent pas quotidiennement. Grâce à cette stratégie, nous devrions toujours être capables d’investir en actions et obligations des pays européens où la taxe sera appliquée. Nos investissements ne seront donc pas bouleversés. En revanche, je pense que c’est un désastre pour les sociétés de gestion françaises, surtout pour les fonds de droit français. Dans leur cas, la taxe sera payée deux fois : au moment où le client investit dans le fonds et au moment où la société de gestion achète le sous-jacent. Donc tout le marché se déplacera probablement sur les fonds de droit luxembourgeois, où la taxe ne sera payée qu’une fois, et sur des marchés offshore. Globalement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’industrie de la gestion, qui a besoin d’un level playing field.

*Les encours de Nordea AM sont de 138 milliards d’euros.

**Association européenne de la gestion financière.

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