Trois chantiers pour une rupture

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Comme l’affirma le duc de Liancourt à Louis XVI à l’annonce de la prise de la Bastille, il est de certaines révoltes qui annoncent des révolutions. Après la rébellion des électeurs grecs qui pourrait conduire leur pays à sortir de la zone euro, la réflexion du duc sagace vaut aussi bien pour Angela Merkel. C’est une rupture tragique que l’Europe s’apprête à vivre si certaines tables de la loi ne sont pas changées sur le champ. L’enjeu est la restauration de la confiance dans la monnaie unique, qui menace de dépérir comme les banques grecques saignées de leurs dépôts ne le savent que trop.

Trois chantiers paraissent prioritaires. Il faut rendre cette justice à François Hollande d’avoir recadré le premier, relatif à la politique macroéconomique de la zone euro. Il a proposé des mesures, touchant aux ressources de la BEI et aux fonds structurels par exemple, qui peuvent aboutir à un consensus. Si le lancement de véritables « eurobonds » paraît encore lointain, car leur caractère budgétaire fédéral nécessite un aval explicite des peuples concernés, des « obligations de projet », politiquement symboliques mais au risque circonscrit, paraissent acceptables par la partie allemande. Un accord sur le sujet serait d’autant plus important qu’un rééquilibrage de la croissance européenne est déjà à l’œuvre. Les derniers chiffres publiés par Eurostat montrent que les ménages allemands, stimulés par un dynamisme salarial plus grand, rejouent leur rôle de locomotive. Certains pays du Sud, l’Espagne et l’Italie notamment, peuvent espérer en bénéficier. Il n’est pas jusqu’à la Bundesbank qui ne semble prête à tolérer un surcroît d’inflation sur son territoire, léger et temporaire sans doute mais très bienvenu pour aider à ranimer l’économie européenne.

Le deuxième chantier concerne les investisseurs. Les mécanismes de sauvetage financiers européens doivent servir à recapitaliser les banques en difficulté. Là encore, l’Allemagne doit renoncer à ses réticences, car elle ne peut complimenter l’Espagne pour ses efforts tout en laissant ses taux longs remonter par crainte d’une sous-capitalisation du système bancaire.

Reste le dernier chantier touchant les épargnants. La mise en place d’un système européen de garantie des dépôts est la meilleure manière d’assurer leur confiance et d’éviter toute ruée aux guichets. Un consensus sur le sujet, aiguillonné par la BCE, est possible et urgent.

C’est d’abord, on l’a vu, à Berlin de donner des gages d’ouverture sans lesquels, disons-le nettement, l’arrivée de Wolfgang Schäuble à la tête de l’Eurogroupe serait inopportune. Mais il n’y a pas qu’en Allemagne que les mentalités doivent changer, et il n’y aurait rien de scandaleux à ce que Berlin demande, en échange, à la partie française des gages solides de rigueur budgétaire et de restauration structurelle de la compétitivité nationale. L’indispensable convergence franco-allemande y gagnerait. Enfin !

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