Le triomphe du court terme

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

N’y aura-t-il bientôt plus que les fonds souverains pour investir dans le long terme ? Qui d’autre en effet pour s’engager sur un tel horizon, dans un environnement dicté par le court-termisme ? Certainement pas les particuliers, qui ont depuis longtemps déserté les marchés boursiers, échaudés par les krachs successifs des deux dernières décennies. Pas davantage les assureurs et les caisses de retraite, désormais soumis à des contraintes réglementaires drastiques et des règles comptables qui les obligent à assumer la volatilité de la valorisation de leurs actifs. Quant aux espoirs reposant sur les fonds de pension, qui échappaient jusqu’ici à la draconienne directive Solvabilité II, au grand dam des compagnies d’assurances, ils sont sur le point de s’effondrer. La nouvelle mouture de leur directive, qui couvre les institutions de retraite professionnelle, devrait finalement s’aligner sur le régime général de l’assurance, à la demande de la Commission européenne… (lire aussi le Dossier page 30).

Désormais, tous ces investisseurs dits de long terme n’en ont plus que le nom, victimes d’une équation apparemment insoluble : concilier des engagements à longue échéance dans un contexte valorisant à un point jamais atteint le regard instantané des marchés financiers. La problématique n’est certes pas nouvelle, mais la crise de la dette souveraine en Europe l’a exacerbée. Elle a mis à mort le concept d’actif sans risque qu’était l’obligation d’Etat, alors qu’ils constituaient plus que jamais le cœur de leurs portefeuilles. De surcroît, le renforcement permanent de la réglementation autour du sacro-saint concept du risque a fini par compliquer la question des investissements à long terme, à tel point que les institutionnels n’ont plus pour y faire face que des marges de manœuvre bien étroites.

Les sociétés de gestion ne sont pas en reste pour proposer des solutions afin de couvrir les risques extrêmes des investissements en actions (lire L’Enquête page 38). Les acteurs économiques se mobilisent sous l’égide de la Caisse des dépôts, et réclament la clarification du statut d’investisseur de long terme, notamment en termes de règles comptables et prudentielles. Mais cela suffira-t-il ? Les fonds souverains n’ont pas ces contraintes. Assis sur d'importantes réserves et en l’absence de passif, ils sont les seuls à avoir les reins assez solides pour se permettre de tolérer une dose de risque dans leurs portefeuilles. Forts de cette stabilité, ils se préparent à l’action. Le patron du CIC chinois ne vient-il pas de déclarer au Financial Times se tenir prêt à investir dans la vieille Europe ? Si les flux sont encore faibles et ne compensent pas les sortants sur les marchés d’actions européens, on aurait tort de les ignorer. C’est eux qui demain feront la loi.

A lire aussi