L'invité de L'Agefi : Adam Farkas, directeur executif de l'Autorité bancaire européenne (ABE)

« La transparence améliore la crédibilité des tests de résistance »

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Jérémie Marais, à Luxembourg

Pourquoi les tests de résistance des banques ont-ils pris du retard ?

Adam Farkas : Il vaut mieux que ces tests soient conduits de manière cohérente, prudente, approfondie et efficace, plutôt que de façon expéditive. L’ABE, avec les superviseurs nationaux, est en train d’évaluer de manière rigoureuse les résultats préliminaires envoyés par les banques (peer review). De nombreux experts, de l’ABE, des autorités nationales, du Conseil européen du risque systémique (CERS) et de la Banque centrale européenne (BCE) participent à ce processus. Nous devons nous assurer que les résultats finals sont cohérents et comparables entre pays et établissements, et respectent la méthodologie que nous avons publiée. Les banques devront nous envoyer une nouvelle série de données mi- ou fin juin, et corriger certaines erreurs, incohérences ou hypothèses irréalistes. Nous n’avons pas encore choisi la date de publication des résultats finals.

Est-ce une bonne chose qu’ils soient publics ?

Traditionnellement, les tests de résistance étaient l’un des outils qui permettaient aux superviseurs de discuter avec les banques de leurs modèles économiques, de leurs profils de risque, de leurs vulnérabilités, etc. Ces dernières années, du fait du problème de capital du système financier et des grandes banques, ces tests ont reçu beaucoup d’attention publique. La transparence améliore bien sûr la crédibilité de l’exercice, et permet aux banques et aux marchés de faire leur propre analyse. En fin de compte, cela enlève de l’incertitude et contribue à la stabilité.

Des mesures telles que des recapitalisations ou des restructurations seront-elles annoncées en même temps que les résultats ?

Dans l’idéal, il serait bon que les superviseurs nationaux annoncent des mesures, si elles sont nécessaires, au moment de la publication des résultats. Nous plaidons dans ce sens. Il est important de noter que les ministres des Finances européens ont exprimé leur plein soutien à l’exercice, et également leur détermination à agir si nécessaire.

Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a dit que les banques qui passeront les tests avec succès ne seront pas forcément sûres.

Etes-vous d’accord ?

L’exercice est un outil pour évaluer la vulnérabilité de telle ou telle institution financière, c’est un outil important mais ce n’est pas le seul. Bien sûr, les banques qui réussiront les tests n’auront pas de garantie absolue de ne pas faire faillite.

L’Autorité bancaire européenne est opérationnelle depuis le 1er janvier. Dans quels domaines avez-vous le pouvoir d’écrire de nouvelles règles ?

Le Conseil et le Parlement européens identifieront les domaines où l’ABE devra élaborer des standards techniques. Dans les projets de textes de la Commission européenne, il y en a déjà un certain nombre. Dans le cadre de la transposition des normes de Bâle III dans la législation européenne (directive CRD IV), on s’attend à devoir proposer près de 40 standards, comme certains ratios par exemple. Nos propositions, votées par le Conseil des superviseurs (organe suprême de décision de l'ABE, NDLR) à une majorité qualifiée, seront adoptées par la Commission et deviendront des règles directement applicables dans les 27 Etats membres. L’ABE doit identifier les infractions à ces règles et peut prendre des mesures correctrices.

Avez-vous le pouvoir de passer outre les décisions des superviseurs nationaux ?

L’ABE a un rôle de résolution des conflits entre superviseurs, notamment au sein des collèges, où nous sommes représentés et où nous pouvons avoir le dernier mot. L’ABE a aussi le pouvoir de passer outre l’avis des superviseurs dans les situations d’urgence, déclarées comme telles par le Conseil européen. Tous ces pouvoirs ont une limite : nous ne pouvons pas prendre de mesures qui aient des conséquences budgétaires pour un Etat membre.

Quel est votre rôle au sein du Conseil européen du risque systémique ?

Nous sommes chargés de faire une analyse ascendante du risque. Nous devons régulièrement collecter des données auprès des institutions financières et des superviseurs, et faire un rapport au CERS. Le Conseil, lui, fait une analyse macroéconomique descendante avec la BCE, les banques centrales et les organes macroprudentiels nationaux. Le CERS doit discuter des résultats de ces deux analyses et peut faire des recommandations aux gouvernements ou aux superviseurs, qui devront agir ou s’expliquer. Pour l’instant, nous n’avons pas encore publié d’alerte spécifique. Le Conseil fera son premier rapport cet été.

Avez-vous votre mot à dire sur les établissements financiers d’importance systémique (SIFIs) ?

C’est un travail mené par le Conseil de stabilité financière (CSF) et par le Comité de Bâle sur la supervision bancaire. Bien sûr, nous faisons part au CSF de notre avis, et nous sommes représentés au Comité de Bâle.

Les pratiques en matière de rémunération respectent-elles les directives publiées fin 2010 ?

Ce sujet est l’une de nos priorités. Nous sommes en train d’évaluer la mise en œuvre des principes élaborés par le Comité européen des superviseurs bancaires. Sur la base de cette évaluation, menée avec les superviseurs, nous publierons des standards techniques au second semestre.

Avez-vous commencé à travailler sur la protection des consommateurs ?

Nous sommes en train de recruter des experts de ce sujet. Pour l’instant, nous avons très peu de ressources. D’ici à fin 2011, notre personnel aura presque doublé et comptera 50 à 60 personnes, y compris des experts nationaux. Ensuite, nous atteindrons 100 à 120 experts en trois ans.

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