Dossier ETF

Les "trackers" commencent à séduire les institutionnels

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Auparavant considérés comme des outils purement tactiques, ils sont désormais au cœur des portefeuilles des investisseurs qui y ont recours.

L’appétit des investisseurs institutionnels pour les ETF est croissant. Selon une étude Greenwich Associates, société spécialisée dans l’analyse des données financières, 18 % des fonds institutionnels américains utilisaient au deuxième trimestre 2013 des ETF, contre 14 % en 2011. Le géant BlackRock (qui possède le fournisseur d’ETF iShares) a publié une étude en 2013 dans laquelle 72 % de 200 assureurs mondiaux déclaraient qu’ils prévoyaient d’augmenter leur utilisation des ETF dans les trois prochaines années.

De faibles coûts

Pourquoi cet engouement ? D’une part parce que les ETF sont des produits peu onéreux et simples d’utilisation. Greenwich Associates souligne dans son étude que le prix est un critère essentiel pour les investisseurs institutionnels lors de la sélection d’un ETF (68 % des investisseurs interrogés le considèrent comme faisant partie de leurs trois principaux critères). La tracking error, qui mesure la capacité d’un ETF à reproduire son indice sous-jacent, ne recueille que 49 % des réponses.

« Les investisseurs institutionnels font très attention aux frais, souligne Thibaud de Cherisey, directeur du développement des ETF, PowerShares ETFs. Ils étudient de près tous les points de base. » Certes, les plus importants de ces investisseurs peuvent privilégier la gestion sous mandat ou le fonds dédié. Pour les investissements supérieurs à 60 ou 70 millions d’euros, il y a d’ailleurs souvent une réflexion, concèdent les fournisseurs d’ETF. « Mais même pour un investisseur qui veut prendre une position à un an de 100 millions d’euros, l’ETF peut rester intéressant, par rapport aux délais d’implémentation d'une solution dédiée », explique Fannie Wurtz, responsable des ventes ETF et indiciels Europe chez Amundi.

Ensuite, la perception qu’ont les institutionnels des ETF a changé. « Au début, ils étaient utilisés en remplacement des ‘futures’, le temps de détention moyen était de moins d’une journée, confirme Olivier Paquier, directeur ETF chez SPDR pour l’Europe. Aujourd’hui, un ETF peut être conservé plusieurs années par certains institutionnels. » Selon l’étude Greenwich, 21 % des fonds institutionnels américains interrogés conservaient leurs ETF plus de deux ans en 2011, contre 36 % en 2013. De même, en 2011, ils étaient 12 % à les garder moins d’un mois. Aujourd’hui, aucun d’eux ne s’intéresse à des positions aussi courtes.

Utilisés de manière plus stratégique, les ETF viennent donc s’intégrer au cœur des portefeuilles actions. « Ils représentent effectivement 45 % de notre allocation diversifiée hors taux », témoigne François Marbeck, directeur du portefeuille de diversification de La Banque Postale. « Ce sont surtout des ETF sur des indices larges, alternatifs ou émergents. Beaucoup de ces institutionnels peuvent gérer des positions en actions en direct. En revanche, certaines expositions, où il est difficile de trouver une expertise, un ETF est parfait pour répliquer l’indice », explique Matthieu Mouly directeur de la stratégie ETF de Lyxor Asset Management. D’autant plus que les rendements en baisse de leurs investissements obligataires poussent ces grands investisseurs à se diversifier. « Les ETF leur offrent cette possibilité d'accéder aux marchés émergents actions, obligataires, par exemple. Ils leur permettent aussi d’investir dans des produits liquides et peu onéreux d’un côté pour pouvoir s’engager de l’autre sur des actifs de diversification moins liquides, comme de la dette d'infrastructure », témoigne Benoit Sorel, directeur clientèle institutionnelle iShares France. Sans compter l’intérêt, notamment pour un assureur, de pouvoir déclencher des plus-values en fin d’année. « Il est plus facile de sortir d’un ETF. Les transactions sont anonymes contrairement à un mandat indiciel pour lequel vous allez devoir rentrer dans des discussions avec le gérant », assure Isabelle Bourcier, directrice du développement d’Ossiam.

Concernant ces investissements, « des innovations telles que les ETF proposant une couverture contre le risque de change rencontrent du succès. Notre ETF sur les actions Japon intégrant une couverture euro/yen a collecté 460 millions d’euros l’an passé en Europe et les assureurs et caisse de retraite représentent environ la moitié de cette collecte », détaille Fannie Wurtz.

Problème de taille

Pour autant, tout n’est pas joué. D’une part, « en Europe ces produits restent assez chers », constate Jean-Tristan Parodi, responsable de la multi-gestion pour compte propre de la Caisse des dépôts et consignation. D’autre part, « traiter un ETF aux Etats-Unis, c’est comme traiter une action Apple », renchérit Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée chez CPR-AM. Aujourd’hui, plus de la moitié de la collecte des fonds ouverts aux outre-Atlantique est réalisée via des ETF. « En Europe, c’est environ 1/7e », calcule Olivier Paquier. Même si l’offre est dynamique, voire impressionnante en Europe, il demeure un problème de taille : des mouvements d’entrées et de sorties des ETF peuvent générer des coûts et affecter la performance. Ce qui explique notamment pourquoi les plus importants des investisseurs institutionnels restent encore souvent à l’écart des ETF.

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