L'avis de... Thierry Million, directeur de la gestion de taux chez Allianz GI France

« Tout le système financier européen pourrait à nouveau être mis en danger »

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Le scénario d’une sortie de la Grèce de la zone euro est-il pris en compte par le marché ?

Cette hypothèse est valorisée à près de 50 %. Pour l’instant, ce n’est pas le scénario central retenu par le marché. Dans l’expectative, les investisseurs scrutent toutefois avec beaucoup d’intérêt l’évolution des sondages concernant les nouvelles élections législatives grecques convoquées le 17 juin. Ils feront surtout attention à ceux, plus affinés, qui seront publiés tout au long de la semaine précédant ce rendez-vous aux urnes. Dans cette phase d’incertitude, dont le dénouement dépend essentiellement de décisions politiques, l’aversion pour le risque remonte. Le rendement du Bund, considéré comme un actif refuge, atteint des plus bas niveaux historiques, tandis qu’à l’inverse, ceux des pays périphériques tels que l’Espagne et l’Italie remontent.

La panique peut-elle saisir les investisseurs avant les élections législatives grecques ?

Si jamais les marchés perdaient totalement confiance dans l’intégrité de la zone euro et commençaient à envisager également une sortie des autres pays qui peinent à atteindre leurs objectifs budgétaires, les taux des titres souverains sur la sellette pourraient à nouveau fortement grimper. La contagion la plus néfaste est celle qui pourrait toucher les banques. La fonte des dépôts, qui touche le secteur bancaire grec, pourrait s’intensifier, s’étendre aux pays périphériques, puis aux autres. C’est ainsi que tout le système financier européen pourrait à nouveau être mis en danger. C’est pourquoi la mise en pratique de la proposition du président du Conseil italien, Mario Monti, de créer un système européen de garantie des dépôts bancaires me semble urgente. Rassurant les épargnants et les entreprises, ce pare-feu permettrait de stopper la contamination de la panique d’un pays à l’autre.

Quel serait le coût d’une sortie de la Grèce de la zone euro ?

Une sortie de l’Union monétaire de la Grèce en défaut de paiement coûterait à la zone euro 2 points de croissance en un an. En tenant compte des phénomènes de contagion, l’amputation de la croissance pourrait s’élever jusqu’à 5 points, sans ajouter les effets collatéraux non anticipés. A titre indicatif, la Grèce doit encore près de 450 milliards d’euros aux institutions et aux Etats européens. Si les autorités grecques optaient pour un abandon de l’euro, la Banque centrale européenne (BCE), qui détient 50 milliards d’emprunts d’Etat grecs et est exposée à hauteur de 130 milliards d’euros dans le cadre de Target II, devrait sans doute être recapitalisée. Une opération bien compliquée, étant donné les difficultés des Etats européens à stabiliser leurs finances publiques. La BCE serait certainement contrainte de faire fonctionner la planche à billets, provoquant une éventuelle chute de l’euro. Quoi qu’il en soit, évaluer les effets d’un tel choc de confiance demeure un exercice extrêmement difficile.

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