Rencontre avec… Benoît Leguet, directeur de la recherche chez CDC Climat

« Avant tout, restaurer la confiance dans le système »

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment s’analyse le niveau actuel du prix du carbone ?

En fait, le système européen de quotas constitue une politique publique qui utilise des instruments de marché. Or, faute de percevoir une politique de long terme, les acteurs ne prennent plus en compte la contrainte carbone et font le gros dos en attendant 2020, dans un climat de défiance : la crainte que le système ne continue pas en l’état empêche les décisions d’investissement sur des technologies moins émettrices.

Que faire pour imprimer une nouvelle dynamique ?

Pour faire repartir les investissements bas carbone, les autorités doivent avant tout restaurer la confiance dans l’ETS (European Union Emissions Trading Scheme). Toute la question revient à trouver une vision commune et de long terme des pays européens, car un simple infléchissement hâtif et partiel du système ne suffirait pas. La meilleure option nous paraît être de recalibrer l’ETS. Pour ce faire, la révision du système prévue pour 2015 paraît représenter une bonne opportunité institutionnelle.

Quelle action préconisez-vous à court terme ?

En attendant, il convient de délivrer sans attendre un signal positif aux acteurs, qu’il s’agisse d’une mise en réserve de quotas ou de la fixation d’un prix plancher, par exemple sous la forme d’un prix de réserve introduit lors de la mise aux enchères des permis l’an prochain. Ces deux solutions nous semblent équivalentes d’un point de vue technique sachant que pour l’une et l’autre, la difficulté sera plutôt d’ordre politique : mettre d’accord 27 pays - ou une majorité qualifiée au sein de l’Union européenne.

Il est clair toutefois que l’absence d’action - option politiquement la plus facile - serait incompatible avec l’objectif d’une économie décarbonisée à l’horizon 2050, du moins selon un processus économiquement efficace. Par ailleurs, l’absence d’action de la part des autorités européennes risque de démotiver encore plus le secteur privé, alors que l’ETS a notamment pour avantage d’attirer du capital privé vers des investissements sobres en carbone.

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