L'avis de... Laurence Walton, directeur en charge de la régulation des dérivés chez Nyse Euronext

« Tous les dérivés OTC* ne pourront pas recourir à la compensation centralisée »

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

La compensation des produits dérivés est-il différent de celui du cash ?

Fondamentalement, oui. Dix ans en arrière, vous n’aviez pratiquement pas de clearing sur les marchés cash. Sur ces marchés, le risque de non-livraison ou de non-paiement disparaît très rapidement, en quelques jours. Pour les dérivés cotés en revanche, l’exposition peut persister d’un mois à plusieurs années. Pendant toute cette période, la chambre de compensation doit gérer le risque. Si un participant fait défaut, la chambre gère sa position à sa place, face à l’acheteur ou au vendeur suivant les cas. Dans le cas de Lehman Brothers, ce système a très bien fonctionné. Les collatéraux ont suffi pour clôturer les positions de Lehman vis-à-vis des autres participants.

Peut-on vraiment gérer un volume de risques aussi considérable que celui de l’univers des dérivés OTC ?

D’abord, tous les dérivés OTC ne pourront pas recourir à la compensation centralisée. La question fondamentale que doivent se poser les chambres est : puis-je disposer d’un cours de référence quotidien ? Si oui, il est possible d’effectuer un appel de marge pour la couverture. Dans les autres cas, les chambres diront : on ne peut pas gérer. Ce sera probablement le cas pour les marchés de niche et les produits exotiques pour lesquels il n’y a pas vraiment de marché. La proposition de la Commission prévoit une procédure où la chambre décide d’élire tel ou tel produit. Je suis plus inquiet en ce qui concerne l’approche qui permet, en sens inverse, aux régulateurs des marchés de pousser la compensation d’un produit vers une chambre de compensation. En fin de compte, dans tous les cas, le législateur européen demandera à l’Esma (Autorité européenne de supervision des marchés, NDLR) de décider ce qui constitue un contrat dérivé « standard » .

A-t-on une idée de ce qui va finalement atterrir dans les chambres de compensation ?

L’Isda (International Swaps and Derivatives Association, NDLR) a engagé de longue date un travail pour standardiser ces produits. Cela dit, que ce soit pour les dérivés sur actions, de taux d’intérêt ou de matières premières, il est difficile de dire la part du marché standardisable, faute de transparence. C’est d’ailleurs le problème qu’a voulu résoudre le G20 en demandant la compensation pour les dérivés OTC.

*’Over-the-counter’, de gré à gré

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