DOSSIER ETF

Toujours plus d’innovations

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Les acteurs se montrent inventifs mais atteignent parfois les limites de l'exercice.

Illustration: Philippe Bonnet

Une fois n’est pas coutume dans l’industrie des exchange-traded funds (ETF), un promoteur de fonds cotés salue l’initiative de l’un de ses concurrents : « ETF Securities a eu une très belle idée en mettant en place un mode de distribution révolutionnaire. » Dans les faits, le britannique vient de créer, à l’attention des gestionnaires du monde entier, Canvas, une plate-forme en architecture ouverte qui propose des trackers vendus sous marque blanche pour être estampillés à leurs couleurs. Le service est immense : conversion de fonds coordonnés en trackers, création de gamme tout entière, élaboration d’une classe de part en devises diverses et variées au sein d’un fonds… l’offre comprend le développement d’un fonds coté jusqu’à la prise en charge totale de sa gestion. Le compétiteur d’ETF Securities (ETFS), soulignant les perspectives de développement de Canvas, relève : « In fine, ces produits pourraient être vendus via des conseillers en gestion de patrimoine indépendants et pourquoi pas des canaux alternatifs comme la grande distribution. Outre-Manche, le groupe de distribution Tesco vend déjà des ETF. » Si ETFS, spécialisé dans les ETP (exchanged-traded products), souhaite se désengager notamment des produits exposés aux matières premières en se renforçant sur l’industrie des trackers via un mode de distribution inédit dans cette industrie, d’autres ont innové dès leur genèse. Repenser les basiques suite à la faillite de Lehman Brothers et le risque de contrepartie a conduit Source à mettre en place une plate-forme aujourd’hui composée de cinq banques (Goldman Sachs, Merrill Lynch, JPMorgan, Nomura et Morgan Stanley). Chaque tracker Source, de réplication synthétique, comprend jusqu’à cinq swaps, afin de diluer le risque de défaut. « Cette structure en architecture ouverte a permis une meilleure compétition au niveau des frais payés au sein du fonds, souligne Ludovic Djebali, managing director, responsable de la distribution chez Source. Ce que ne permettent pas les acteurs travaillant essentiellement avec leur maison mère bancaire… »

Outre les partis pris sur les business models, un constat se fait jour : l’ETF consistant à répliquer au plus juste la performance d’un indice, les investisseurs se voient donc proposer des produits d'une grande similitude. Quoi de plus semblable qu’un tracker indexé sur CAC 40 qu’un autre ETF CAC 40 ? Comment, pour un promoteur, se démarquer ? Tout d’abord, les idées les plus simples sont très largement appréciées des investisseurs. Ainsi, Amundi se fait fort d’offrir des produits « simples » sur un benchmark représentatif et liquide. « Il s’agit de proposer des briques d’allocations à nos clients institutionnels, banques privées, trésoriers d’entreprise », explique Emmanuel Monet, responsable relations clientèles France & Luxembourg d’Amundi ETF. A priori, rien d’innovant. Si ce n’est que ce gestionnaire a été le premier à développer une couverture quotidienne sur le risque de change sur des grands indices : le Topix, le Nasdaq 100 et le S&P500. « Ce sont des produits ‘clé en main’, particulièrement appréciés (entre 300 et 500 millions d’euros de collecte par produit, NDLR) », précise-t-il. Des contrats à terme sont reportés (roll) sur la devise. Système peu coûteux, il permet une couverture en ligne avec les préoccupations des clients, à qui seules des couvertures mensuelles étaient jusque-là proposées. D’aucuns reconnaissent que commercialiser un produit innovant avant ses concurrents est souvent gage de succès commercial. « Les premiers à se lancer sont en quelque sorte les grands gagnants », résume David Benmussa, directeur France d’iShares. A cela une raison majeure : l’effet taille. Plus l’actif sous gestion d’un tracker est important, en raison de son historique par exemple, plus il sera traité et plus sa liquidité sera elle aussi importante. « Notre ETF iShares MSCI Japan Ucits est le plus important du marché, même s’il n’est pas le moins cher », illustre-t-il.

Indices intelligents

Pour tailler des croupières à la concurrence, certaines sociétés de gestion ont dû se montrer plus inventives encore. Les opérateurs entrés plus récemment sur le marché le savent : pour pénétrer une industrie de flux, la créativité doit être de mise. Pour se démarquer, la maison de gestion française Ossiam a dû afficher son positionnement dès sa création, en juillet 2011. Dans la présentation de son site internet, il y est clairement annoncé : « Ossiam entend (…) proposer des stratégies d’investissement complémentaires et variées. » Quelque trois années plus tard, la filiale de Natixis Global Asset Management offre une gamme resserrée de neuf ETF articulés autour de trois stratégies de smart beta.

Très en vogue en gestion indicielle, le smart beta, ou encore l’indice intelligent, consiste à proposer une alternative aux trackers indexés sur des indices capipondérés : minimum variance, équipondération, pondération par le risque... « Avant de lancer Ossiam, nous observions une assimilation, de la part du marché européen, de l’enveloppe 'tracker' à l’indice 'plain vanilla', rappelle Antoine Moreau, directeur général de la structure. Il y avait comme une autocensure de la part de l’industrie de ne livrer que la performance d’indices classiques. » Pour cet acteur récent, le succès commercial est là : les stratégies minimum variance (sélection de titres à la volatilité basse et décorrélés les uns des autres pour permettre une réduction de la volatilité du portefeuille) sur les stratégies actions américaines et actions européennes ont collecté respectivement 316 millions d’euros (7 juin 2011 au 10 septembre 2013) et 253 millions d’euros (21 juin 2011 au 10 septembre 2013). Cependant, au dire d’Isabelle Bourcier, directrice du développement d’Ossiam, le cycle de vente de tels produits est plus long : « Il faut expliquer le bien-fondé de ces stratégies, moins intuitives à appréhender pour les investisseurs. » Pour ce faire, la maison de gestion met en avant les travaux de son équipe de recherche. Une mise en valeur rarement faite par les promoteurs traditionnels.

Gestion active

Galvaudées, les stratégies smart beta regroupent dans les faits des gestions très différentes. « Le 'smart beta' permet d’offrir l’accès à des marchés peu accessibles, comme la volatilité, expose Ludovic Djebali. Ainsi, nous nous sommes adjoint l’expertise de JPMorgan et de Nomura en nous appuyant sur leurs modèles. » Pour Olivier Paquier, directeur SPDR ETF pour la France chez State Street (lire aussi l'entretien page 33), les stratégies smart beta, également désignées « advanced beta », sont une alternative aux performances boursières. « Nos succès européens sont des gestions ‘dividendes’, explique-t-il. Autrement dit, des ETF qui sélectionnent les entreprises ayant distribué des dividendes en constante augmentation sur les vingt dernières années. » Les coupons sont réinvestis et donc porteurs de performance. « Il est indispensable qu’une stratégie de gestion logée au sein d’un ETF soit simple à appréhender, poursuit Olivier Paquier. Il faut absolument que l’investisseur puisse comprendre aisément les sous-jacents. C’est ainsi le cas de nos 'trackers' exposés sur des indices de 'low volatility'. Nous avons simplement repris ceux du fournisseur d’indices Standard & Poor’s. » Une démarche qui tient ce compétiteur loin des choix d’Ossiam. La collecte nette sur SPDR S&P US Dividend Aristocrats, depuis son lancement européen en octobre 2011, a atteint 1,3 milliard de dollars. Lyxor, iShares se sont également lancés avec succès sur ce créneau. Enfin certains avancent que les ETF peuvent rimer avec… gestion active. C’est le cas de SPDR qui élabore des stratégies actives dans ses ETF vendus exclusivement aux Etats-Unis. De son côté, Source a signé des partenariats avec Man LLG sur une stratégie qui retient les meilleures recommandations de brokers. « Aux Etats-Unis, 35 'asset managers' viennent de déposer un dossier auprès de la Securities and Exchange Commission afin de pouvoir lancer un 'tracker' adossé sur leur expertise », rapporteLudovic Djebali. Gestion active et ETF : la limite de style semble atteinte. Du reste, à vouloir trop innover, certains acteurs ont créé des trackers de niche. Rapidement fermés.

A lire aussi