L'avis de... Nordine Naam, stratégiste changes chez natixis

« Tokyo affiche sa volonté de déprécier le yen »

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

La dépréciation du yen voulue par le nouveau gouvernement japonais peut-elle s’expliquer par la crainte de voir l’excédent commercial du pays disparaître  ?

Avec la crise financière, le yen s’était fortement apprécié ces dernières années, notamment contre le billet vert, jusqu’à passer sous les 80 yens pour un dollar. Evidemment, ce mouvement a pénalisé la compétitivité du secteur manufacturier nippon, mais de là à en faire le responsable de l’apparition et de l’accumulation ces derniers mois de déficits commerciaux, je ne le pense pas. La balance commerciale est devenue négative essentiellement en raison du tsunami et du tremblement de terre de Fukushima en mars 2011. Depuis, les importations énergétiques se sont fortement accrues et ont détérioré le solde des échanges. Par ailleurs, il faut tenir compte de la célèbre courbe en J : dans un premier temps, une baisse du yen va dégrader le solde commercial en augmentant le coût des importations en valeur, avant de pouvoir bénéficier aux exportateurs et d’accroître les ventes de marchandises japonaises à l’étranger.

Quelle est alors la cause de la baisse du yen ?

J’explique plus le mouvement du yen par la volonté affichée et les déclarations tapageuses du nouveau gouvernement élu à la fin de l'année dernière d’extraire l’économie de la déflation par du

quantitative easing(assouplissement quantitatif, NDLR), des achats de titres par la banque centrale, et un énième programme de dépenses d’investissement en infrastructures publiques. Or au même moment, l’autre « jambe », celle du dollar, est allée dans le même sens avec l’apparition des premiers débats au sein de la Réserve fédérale sur comment et quand arrêter la politique d’assouplissement quantitatif. Depuis l’automne dernier, le yen s’est déprécié contre le dollar, le mouvement s’accélérant au fil des semaines. Contre l’euro, la dépréciation du yen remonte à la déclaration désormais célèbre, fin juillet 2012, de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne.

Jusqu’où peut aller le reflux de la devise nippone ?

Sur les contrats futures, les positions sont aujourd’hui fortement vendeuses de yen. On a atteint des records depuis 2007. A partir de mars, le taux de change dollar-yen devrait au moins se situer à 95, la baisse de la devise japonaise ralentissant. C’est l’époque où un nouveau gouverneur et deux nouveaux adjoints auront été nommés à la tête de la Banque du Japon pour appliquer une nouvelle politique de reflation.

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