Titres d’Etat européens, la chute des taux continue

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Le resserrement des politiques monétaires expansionnistes est remis à plus tard. Les banques centrales continuent de lutter pour relancer la croissance.

Le phénomène des taux d’intérêt bas se poursuit et se répand. Les experts de marchés qui envisageaient, au début de l’année, une hausse des rendements des titres d’Etat se sont trompés. Depuis janvier, la baisse des taux d’intérêt des souverains européens s’accentue. Le taux à 10 ans des titres d’Etat allemands n’est plus qu’à 1,137 % (au 29 avril), celui des Pays-Bas à 1,479 %, de la France à 1,750 % et de la Belgique à 1,826 %. Plus marquant encore, celui de l’Italie n’est plus qu’à 4,066 % - une émission du 29 avril s’est même effectuée à un taux inférieur à celui d’octobre 2010 - et celui de l’Espagne à 4,3330 %. En un an, la détente est impressionnante. Elle s’est accélérée depuis l’annonce, en septembre 2012, de la nouvelle procédure d’intervention de la Banque centrale européenne (BCE) sur les marchés de dette souveraine (OMT - Outright Monetary Transactions), interprétée par les investisseurs comme le gage du maintien de la zone euro.

« Les taux d’intérêt européens sont bas certes, mais comparés à ceux des emprunts d’Etat américains (1,692 % pour le 10 ans américain, le 29 avril) ou japonais (0,557 % pour le 10 ans japonais), ils ne le sont pas tant que cela : le taux à 10 ans européen moyen s’établit à 2,60 % environ », relativise Marie-Anne Allier, responsable gestion taux aggregate d’Amundi. Pourtant, la spécialiste rappelle que « dans sa globalité, la zone euro n’a pas de déficit courant structurel » et que, contrairement aux idées reçues, « il n’y a pas eu de sorties importantes d’euros de la région ».

Comment expliquer, toutefois, cette tendance baissière ? « Le fondamental, en partie », expose Maud Minuit, responsable de la gestion directionnelle et aggregate de Groupama AM. Et pour cause, le scénario européen de reprise économique en 2013, facteur favorable à une remontée des taux, est fortement compromis. « Depuis un mois et demi, tout le monde est surpris par l’ampleur de l’essoufflement de la croissance mondiale, constate Maud Minuit. Le consensus est pris à revers, tant en Chine qu’en Europe ou aux Etats-Unis. »

Bain de liquidités japonaises

Outre-Atlantique, le taux de chômage demeure élevé, le moral des ménages se dégrade et la dernière estimation de croissance du PIB américain pour le premier trimestre a déçu. Elle est de 2,5 % en rythme annualisé, contre 3 % attendu. « La croissance des Etats-Unis restant 'désespérément faible', pour reprendre les termes de Ben Bernanke, la Réserve fédérale va laisser inchangée la taille du 'quantitative easing' (QE, assouplissement quantitatif, NDLR) », prédit Aurel BGC.

L’heure n’est donc pas encore venue pour les banques centrales de resserrer leurs politiques monétaires non conventionnelles. Au contraire. Imitant les méthodes de la Fed, la Banque du Japon (BoJ) a radicalement changé de cap. Elle a annoncé début avril des mesures sans précédent, dont l’introduction d’un QE qui sera maintenu tant que nécessaire, afin d’atteindre l’objectif d’inflation de 2 % en deux ans et de l’ancrer durablement. Elle compte en outre acheter des JGB (titres souverains japonais) tout le long de la courbe des taux en allongeant l’échéance moyenne de trois ans environ à sept ans. Autant dire que le rendement des emprunts d’Etat du Pays du soleil levant n’est pas près de remonter.

« Ces annonces, qui ont produit l’effet d’une bombe sur les marchés, contribuent aussi à la baisse des taux souverains européens et en particulier à celle des taux français », analyse Maud Minuit. Confrontés à un recul supplémentaire du rendement des titres domestiques qu’ils détiennent massivement, les assureurs japonais vont sans aucun doute chercher à diversifier leurs portefeuilles de dettes. Dans cette optique, ils devraient à nouveau se tourner vers l’Europe, et en particulier vers le France, ce qu’anticipent la plupart des investisseurs. « Les Japonais ont été les premiers acheteurs de dette française en 2012 », rappelle Marie-Anne Allier. Pour plusieurs raisons. « Le rendement des titres français est supérieur à celui de l’Allemagne, précise la gestionnaire. Ensuite, la France est moins exposée que l’Italie ou l’Espagne à une forte dégradation de notation. »

Une autre manne de liquidité possible est celle provenant de la BCE, qui a ramené son taux de refinancement à 0,5 %. Les autorités monétaires européennes pourraient encore adopter de nouvelles mesures de détente plus ciblées, permettant notamment de favoriser le crédit aux entreprises. « Il ne faut pas lutter contre les banques centrales », prévient Marie-Anne Allier. Aujourd’hui, leur objectif est de maintenir, à tout prix, des taux courts et des taux longs à de faibles niveaux ou de les y pousser. Adapter sa stratégie d’allocation d’actifs à cette donne est primordial.

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