La timide reprise de l'économie italienne dépend du crédit

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

L’Italie doit s'extraire de la récession en 2014, mais les banques sont encore loin de soutenir les entreprises.

L’Italie semble enfin laisser la récession derrière elle. Le PIB est resté inchangé au troisième trimestre 2013, et l’Institut de statistiques (Istat) prévoit une croissance de 0,7 % cette année. Mais les entreprises auront-elles les moyens de se redresser et d’investir, alors que les banques, prises entre la hausse des créances litigieuses et l’exigence d’assainir leur bilan, feront face cette année à l’examen des bilans bancaires (AQR) de la Banque centrale européenne et aux stress tests de l'Autorité bancaire européenne (EBA) ?

L’année 2013 devrait se solder par un PIB en baisse de 1,8 %, après une chute de 7 % en termes réels entre 2007 et 2012, selon des chiffres de la Banque d’Italie. Et la reprise qui s’amorce reste fragile : « Au troisième trimestre 2013, le PIB a été tiré par les exportations et la reconstitution des stocks, mais la demande intérieure reste négative », souligne Paola Monperrus-Veroni, économiste au Crédit Agricole.

Reste à savoir si les banques – qui jouent un rôle crucial dans l’économie italienne, composée pour l’essentiel de PME qui ont peu accès aux marchés des capitaux – accompagneront le mouvement de reprise. « Bien que les entreprises de moins de 20 salariés représentent 40 % de la valeur ajoutée et 60 % de l’emploi, elles accèdent à moins de 20 % des crédits bancaires », observe Ernesto Ghidinelli, responsable du secteur crédit à la Confcommercio, l’association des commerçants et PME du tertiaire. « Ce sont justement ces entreprises qui subissent le plus le rationnement du crédit et elles payent des taux d’intérêt plus élevés que les grandes. »

Cercle vicieux

Rationnement du crédit, le grand mot est lâché. « Nous sommes face à une vraie situation d’urgence : les prêts bancaires, sans compter les créances douteuses, ont baissé de 140 milliards entre juin 2011 et septembre 2013 », explique Ernesto Ghidinelli. Selon le centre d’études de la Confindustria, le patronat italien, les prêts bancaires diminueront encore de 1 % cette année, avant de recommencer à augmenter en 2015. En décembre, 14,5 % des entreprises du secteur manufacturier qui ont demandé un prêt ne l’ont pas obtenu. Faute de liquidité, beaucoup d’entreprises ont dû mettre la clé sous la porte : sur les neuf premiers mois 2013, on comptait 7,3 % de nouvelles procédures de faillite de plus que sur la même période 2012.

Les banques se défendent de porter la responsabilité de la crise. « Nous sommes le secteur qui s’est le plus profondément restructuré ces dernières années, et les banques sont prêtes à jouer leur rôle dans la reprise. Le stock de crédits est plus élevé qu’en 2007, mais cela ne suffit pas à faire repartir la croissance. Il faut de nouveaux investissements, mais aujourd’hui la demande de crédit est surtout concentrée sur la restructuration des dettes, avec une composante élevée de risque qui se reflète dans les bilans des banques », note Giovanni Sabatini, directeur général de l’ABI, l’association bancaire italienne. Selon l’association, les créances litigieuses (dont la définition est plus sévère en Italie que dans le reste de l’Europe) ont atteint 150 milliards d'euros en novembre 2013, en hausse de 22,8 % par rapport à novembre 2012. Une analyse de la Banque d’Italie de juillet 2013 montre que le taux de créances douteuses sur le total des crédits bancaires est passé de 4,5 % fin 2007 à 12,3 % en juin 2012. La détérioration des crédits « est désormais la principale cause du ‘credit crunch’ en Italie, qui a, à son tour, prolongé et aggravé la récession qui avait démarré justement à cause du ralentissement des crédits en 2011 […] ; nous sommes dans un cercle vicieux ‘credit crunch’-récession, qui s’auto-alimente », note le centre d’études de la Confindustria.

A ce stade, deux facteurs s’annoncent cruciaux. Le premier, bien évidemment, est la tenue du système bancaire face aux tests de 2014. « Les banques répondront aux stress tests en confirmant leur niveau de solidité », déclare, confiant, Giovanni Sabatini. Pour sa part, Paola Monperrus-Veroni n’attend « pas de grande surprise des AQR pour les grandes banques, qui ont déjà fait beaucoup, dès 2012, pour assainir leur bilan et qui se sont recapitalisées sur les marchés sans trop de problèmes. Mais les petites banques auront sans doute besoin d’améliorer leurs provisionnements ».

Le deuxième facteur est la nécessité, pour les entreprises, de diversifier leurs sources de financement. La Confcommercio propose la création de prêts destinés aux PME en utilisant des fonds spécifiques de la BCE ou de la BEI (Banque européenne d'investissement), et la mise en place de nouveaux instruments, tels que des mini-bonds et le renforcement du marché du venture capital.

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