Les Tigres d’Asie, un dynamisme envié

le 18/10/2012 L'AGEFI Hebdo

L’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande résistent au ralentissement mondial grâce à la demande intérieure.

Infrastructure en chantier en 2012 à Djakarta. L’Indonésie fait figure de « premier de la classe » dans l’Asie émergente.

Le dynamisme des Tigres d'Asie du Sud-Est, en l’occurrence l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande, fait des envieux. Ils échappent à la vague de révisions à la baisse de façon marquée des perspectives de croissance qui touche actuellement les pays d’Asie de l’Est, tant de la part de la Banque mondiale que du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque asiatique du développement (BAD). La progression du PIB de l’Indonésie est estimée à 6,3 % cette année, celle de la Malaisie à 4,6 %, celle des Philippines à 5,5 % et celle de la Thaïlande à 5,2 %, selon la BAD. Comment expliquer cette robustesse ? Ces pays sont-ils immunes à l’affaiblissement de la croissance en Chine, aux Etats-Unis, et à la récession européenne ?

Malgré les apparences, pas tout à fait. « Sans le ralentissement de la demande venant des Etats-Unis et d’Europe, leur croissance serait encore plus forte, indique Hélène Drouot, économiste chez BNP Paribas. Le risque le plus important pour ces économies demeure une baisse prolongée de la demande mondiale. » Si elle perdurait, le recul des exportations finirait par conduire à un repli notable de l’activité industrielle et, par ricochet, à une réduction des investissements puis de la consommation. C’est ainsi que l’Indonésie, moins ouverte à l’extérieur que les autres Tigres - ses exportations constituent moins de 25 % de son PIB -, est le pays « qui fait figure aujourd’hui de 'premier de la classe' en Asie émergente, observe Johanna Melka, économiste de BNP Paribas. Cette robustesse est liée à la structure de son économie, tirée principalement par sa demande intérieure ».

Talon d’Achille de la structure d’exportation des ces pays asiatiques, « leurs échanges commerciaux s’effectuent encore en grande partie avec les Etats-Unis, l’Europe et le Japon, constate Hélène Drouot. L'effort de diversification devrait être renforcé. Les exportations vers la Chine devraient encore se développer ». Selon l’économiste, le défi à relever par les Tigres, surtout exportateurs de biens intermédiaires à l’heure actuelle, est d’accroître la fabrication de biens de consommation en prévision du développement de la consommation des ménages chinois.

Capacité de relance

En cas de coup de frein trop brutal de l’activité, ces quatre pays ont la capacité de procéder à des plans de relance. « Les déficits budgétaires, quand ils existent, sont tout à fait raisonnables, constate Mickaël Tricot, gérant actions émergentes d’Amundi. Les ratios dette sur PIB sont nettement inférieurs à ceux des pays développés. » Sans compter l’accumulation constante de réserves de change depuis quelques années. Elles atteignent désormais près de 184 milliards de dollars en Thaïlande, près de 154 milliards en Malaisie, près de 108 milliards en Indonésie, ou près de 67 milliards dans les Philippines.

Autre atout, un système bancaire assaini, épargné par la crise financière de ces dernières années dans les pays développés. « Il n’y a pas de levier dans les banques, très riches en dépôts », ajoute Mickaël Tricot. Le gérant note qu’à l’heure actuelle, une partie de l’accroissement de la consommation domestique est soutenue par l’augmentation de la distribution de crédit. Elle devrait croître cette année de 10 % en Thaïlande, de 15 % dans les Philippines ou de 20 % en Indonésie. A la vue de ce dernier chiffre, certains observateurs subodorent un risque de surchauffe. Cette crainte est tempérée par Johanna Melka : en Indonésie, « le nombre de prêts non performants diminue. La croissance du crédit y est plus équilibrée qu’en 2011 et ralentit ». Selon l'économiste, le principal risque pour l’économie indonésienne est le « sentiment des investisseurs », qui se souviennent de la crise de 1997. Depuis, les temps ont changé. Et pourtant, « c’est encore l’un des premiers pays à subir des sorties de capitaux dès que l’aversion pour le risque remonte, relève Johanna Melka. Mais les investisseurs y reviennent aussi vite qu’ils en sont sortis. En outre, la banque centrale a tout à fait la capacité d’amortir le choc lorsque la roupie se déprécie ».

La préoccupation majeure des autorités de ces pays est plutôt la poursuite du développement de la consommation interne accompagnée de la réussite des plans d’investissements d’envergure, notamment dans les infrastructures. Les investissements représentent une grand part du PIB des Tigres, de l’ordre de 32 % en Indonésie ou 27 % en Thaïlande. Dès lors, peut-on s’inquiéter d’une situation de surinvestissements ? « Non ! », répond Mickaël Tricot, rappelant qu’il n’y a aujourd’hui que 760 km d’autoroutes en Indonésie et moins de 400 km pour les Philippines. 

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