Un homme, une équipe

Thierry Bogaty promeut l’ISR au cœur de la stratégie d’Amundi

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

L’équipe constituée par Thierry Bogaty autour de l’analyse extra-financière est l’une des plus importantes en Europe et l’un des piliers fondateurs dAmundi.

Pour la première fois, en juin, les fonds ISR (investissement socialement responsable) ont dépassé la barre des 100 milliards d’euros d’encours en Europe, selon les derniers chiffres publiés par Vigeo. La France reste leader avec plus du tiers des actifs sous gestion et un quart des produits commercialisés, où Amundi domine largement le marché. Le numéro un français de la gestion revendique un encours de 66 milliards d’euros en ISR, compte tenu des fonds mais aussi des mandats. Dirigée par Thierry Bogaty, l'équipe ISR d'Amundi est aussi l’une des plus importantes en Europe avec 20 personnes dont 15 analystes et gérants solidaires. C’est en outre la seule société de gestion à avoir obtenu une certification Afnor pour l'ensemble de sa démarche dans ce domaine. « Amundi Expertise ISR est le résultat de la fusion de l’analyse extra-financière de Crédit agricole AM et d’Ideam », rappelle Thierry Bogaty, un ancien journaliste devenu expert en RSE (responsabilité sociale et environnementale).

Il n’est pas étonnant qu’un professionnel de la communication ait été choisi pour ce poste. Outre la gestion de l’équipe, la mission de Thierry Bogaty est de promouvoir le sujet de l'ISR. Et pour cause, l’engagement sociétal est l’un des quatre piliers fondateurs d’Amundi. « Pour un gérant d’actifs cela passe par la prise en compte dans ses politiques d’investissement des critères de développement durable et d’utilité sociale en plus des critères financiers », décrit ce dernier.

Au centre du dispositif qu’il a contribué à mettre en place: l’analyse extra-financière. « C’est en quelque sorte le cœur de notre usine, explique-t-il. C’est là que nous fabriquons la matière première qui va servir aux gérants dans leurs décisions d’investissement. » Il s’agit des notations produites par la dizaine d’analystes qui composent cette équipe qui seront ensuite utilisées par les gérants ISR du groupe pour constituer leurs portefeuilles à partir d’une approche best-in-class.

« En constituant notre équipe, nous avons veillé à diversifier les profils pour disposer d’un maximum d’expertises », indique Antoine Sorange, son responsable. Ainsi elle est composée d’anciens analystes financiers et crédit, auditeurs internes de sociétés de gestion ou salariés d’ONG. Chaque analyste a la responsabilité de trois secteurs mais il travaille aussi sur des sujets transversaux comme la diversité, le droit syndical…

Modèle quantitatif

L’équipe d’Antoine Sorange utilise un modèle quantitatif pour évaluer les 4.600 entreprises sous son spectre qui prend en compte une batterie de critères pondérés en fonction des secteurs d’activité. Il existe 15 critères génériques et 22 spécifiques. Les données sont récupérées auprès de huit fournisseurs comme Vigeo, Sustainanalytics ou MSCI ESG Rechearch puis intégrées dans l’outil interne de scoring. Les entreprises sont notées de A à G. Les entreprises notées E, F et G sont automatiquement exclues des portefeuilles ISR. Néanmoins, ces notations ne servent pas uniquement à constituer les portefeuilles purement ISR, elles vont également être diffusées à l’ensemble des gestions. Les analystes extra-financiers présentent le résultat de leur travail aux gérants, y compris non ISR. Ces derniers peuvent alors prendre en compte ces évaluations, s’ils le souhaitent. Quoi qu’il en soit, ils ne pourront investir dans des entreprises notées G.

Mais le travail de l’équipe d’Antoine Sorange ne s’arrête pas là. Elle cherche aussi, au travers du dialogue engagé avec les sociétés à les inciter à améliorer leurs pratiques ESG (environnementales, sociales et de gouvernance). Un premier rapport d’engagement va être publié début 2014 dans lequel seront publiées des statistiques sur le nombre d’entreprises rencontrées, les thèmes abordés… Par ailleurs, les analystes vont chercher à fixer avec les entreprises suivies des objectifs en termes de RSE. « Nous pouvons faire bénéficier les entreprises de notre connaissance par rapport à ce qui se fait de mieux en matière d’ESG dans chaque secteur », souligne Antoine Sorange.

Dialogue

Les analystes extra-financiers vont par ailleurs collaborer avec d’autres équipes du groupe. « La politique de vote d’Amundi est également un vecteur de diffusion des bonnes pratiques en matière de RSE, souligne Cédric Lavérie, responsable de l’équipe corporate governance en charge de la politique de vote du groupe. Nous allons solliciter les analystes extra-financiers à plusieurs niveaux de la chaîne. » Ils vont bien sûr être consultés pour les résolutions en lien avec des questions environnementales ou sociales. « Lorsqu'une controverse est avérée, nous essayons de l’exprimer dans les résolutions », indique Cédric Lavérie. Mais aujourd’hui, la politique de vote des grands acteurs de la gestion comme Amundi ne se manifeste pas uniquement dans le vote aux résolutions mais aussi dans le dialogue engagé, en amont des assemblées générales, avec les entreprises. « Les analystes extra-financiers peuvent nous accompagner lors de ces rencontres, ce qui leur permet d’intégrer dans leur analyse la manière dont le dialogue se passe », poursuit Cédric Lavérie.

Enfin, pour compléter le dispositif, la gestion des fonds solidaires est intégrée à l'équipe dirigée par Thierry Bogaty. « Notre gestion allie performance financière et sociale en investissant dans des entreprises solidaires », explique Mathieu Azzouz, gérant-analyste responsable de cette gestion. Pour dénicher ces entreprises, les gérants sont en contact avec des réseaux comme Finansol ou encore Ashoka, en plus de leur propres recherches. Un modèle d’analyse interne à la fois financier et d’impact social permet en effet de sélectionner au sein de chaque secteur d’activité les entreprises solidaires ayant adopté un modèle économique pérenne et générant le plus d’impact social. « Nous rencontrons une entreprise solidaire par semaine au minimum pour analyse ou pour suivi des entreprises en portefeuille », décrit Mathieu Azzouz. Afin d’accompagner ces entreprises sur le long terme et de financer chaque année leur développement, les deux gérants se sont fixés un objectif de 25 valeurs en portefeuille (15 actuellement). Le fonds va intervenir au travers d’un investissement en actions et en titres de créances, la répartition dépendant de la nature de l’entreprise et de ses besoins. L’encours de cette gestion est de 750 millions d’euros.

Avec cet ensemble, aujourd’hui bien huilé, Amundi compte renforcer sa position de leader de l’ISR en France et vise une croissance de moitié de son encours ISR d’ici à deux ans à 100 milliards d’euros.

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