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Territoire Euro en vue

le 26/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Les perspectives 2012 s’annoncent meilleures que prévu pour les classes d’actifs sensibles à la croissance européenne.

Par Cyril Lureau, président, et Emeric Challier, responsable global macro d'Avenir Finance Investment Managers

Avec une mise en mouvement de son organisation et de ses institutions, 2012 sera sans aucun doute l’année de l’Europe. Rattrapés en 2010 par la réalité économique et financière, les pays membres de la zone euro ont multiplié les sommets en 2011 (juillet, octobre et décembre) afin de faire émerger une volonté européenne plus lucide sur son environnement, et mieux préparée aux échéances à venir.

Les conditions nécessaires pour redresser la confiance et la croissance ont été clairement identifiées : stabiliser les dettes, harmoniser la fiscalité et la compétitivité interne de l’Europe. La mise en application reste un exercice délicat qui demandera encore du temps et qui imposera de soulever les dernières résistances.

L’analyse de ce début d’année 2012 est simple. Dominée par le doute sur la capacité des Européens à s’entendre, l’économie de la zone euro s’est arrêtée. Les prévisions de croissance sur le premier trimestre sont négatives. Menaces des agences de notation, croissance européenne en berne, déficits élevés, dégradation du marché de l’emploi et élections font la une quotidienne des informations. Sans visibilité, les investissements ne se font plus, compromettant le potentiel de rebond.

Cette phase économique et financière très difficile était pourtant inévitable dans la construction européenne. Elle correspond au temps des réformes structurelles et budgétaires nécessaires, préalable à toute intervention monétaire - conventionnelle ou non - de la Banque centrale européenne (BCE). Aujourd’hui, 60 % du PIB équivalent de la zone euro est sous un plan de redressement de ses finances (appelé aussi plan de rigueur). Ainsi, si en 2011 les nombreux appels répétés à une intervention monétaire forte de la BCE étaient contre-productifs, favorisant le manque d’exigence budgétaire, 2012 devrait connaître un déroulement très différent. En effet, la reconnaissance d’un mouvement d’amélioration de la discipline budgétaire des Etats par la BCE au cours des premiers jours de 2012 (J.M. Gonzalez-Paramo, le 2 janvier 2012) et d’une insuffisance de croissance (E.Nowotny, le 9 janvier 2012) est venue confirmer ce changement d’orientation. Un changement d’orientation marqué fin 2011 par deux baisses de taux d’intérêt et le prêt de 489 milliards d'euros dans le cadre de ses opérations de refinancement à long terme.

Ces deux mesures sont très importantes. En particulier l'opération de refinancement des banques menée par la BCE : ce n'est ni plus ni moins qu'un quantitative easing (assouplissement quantitatif, NDLR), qui ne porte pas son nom, compatible avec les statuts de la BCE. Il est certes limité dans le temps, puisque sa durée est de trois ans, mais c'est une étape essentielle du redressement à venir. Le rétablissement progressif de l'économie américaine montre que ce type de mesure, bien que décrié par une partie des professionnels, fonctionne. La baisse récente de l'euro contre toutes devises complète les événements récents très favorables au redressement progressif de la zone.

Les perspectives 2012 s’annoncent donc meilleures que prévu pour les classes d’actifs sensibles à la croissance européenne. Le pessimisme excessif qui prévaut encore devrait se corriger doucement au cours de la première moitié de l’année et favoriser les marchés du crédit et des actions. Au sein de la zone euro, le soutien de la BCE aux efforts budgétaires des gouvernements devrait également alimenter le mouvement de convergence. Un environnement favorable à la prise de risque. Les actions et le crédit devraient s'apprécier, les écarts de taux avec l'Allemagne des pays qui font l'effort de mener des politiques budgétaires orthodoxes devraient se resserrer. Le portage élevé de ce type de positions fournit un argument supplémentaire en faveur de la prise de risque. Enfin, dernier argument en faveur de la prise de risque sur les actifs sensibles à la croissance européenne : les investisseurs sont très sous-exposés. L'écart de valorisation entre les actions américaines et européennes en témoigne : il n'a jamais été aussi élevé. Les obligations allemandes, quant à elles, devraient peu à peu souffrir du retour progressif de l'appétit pour le risque. Il faut les sous-pondérer dans les portefeuilles.

La route est longue, elle sera cahoteuse, mais elle devrait rémunérer confortablement la prise de risque.

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