Tenir son rang

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Que de maux, que de maux ! », pourrait-on dire à propos de la gestion d’actifs pour paraphraser le maréchal Mac Mahon. Aversion au risque des investisseurs, baisse durable des taux, volatilité, voire désertification des marchés actions, avalanche réglementaire, fiscalité défavorable, rechute en récession de la zone euro… Dire que la conjoncture pour les sociétés de gestion d’actifs françaises, en particulier pour ces fleurons de l’industrie que sont les filiales des grands groupes bancaires, n'est pas facile serait un euphémisme (lire L’Evénement pages 8 à 11). Celles-ci subissent même une double peine, le coup venant cette fois de leur maison mère. Contraintes de renforcer leurs fonds propres et leur liquidité dans la perspective de Bâle III et CRD IV, ces dernières réorientent volontairement leurs clients vers l’épargne de bilan, ponctionnant du même coup largement les stocks d’OPCVM de leurs filiales, dans un contexte où l’assurance-vie n’est déjà pas à la fête. Avec un tel tableau, il n’est pas étonnant que la chasse ne soit guère fructueuse dans les réseaux. Après une année 2011 marquée par des sorties massives de capitaux, l’hémorragie a continué en 2012 dans presque tous les groupes.

Certes, ces maisons restent rentables. Mais le chemin de la croissance doit être retrouvé sans attendre que les banques universelles stabilisent leur modèle. Car la collecte n’est pas en berne pour tout le monde en France : boutiques et sociétés étrangères savent y trouver leur compte et capter les investissements. Les grandes maisons de gestion doivent donc se remettre sérieusement en question. Il s’agit de trouver de nouveaux moteurs de développement, et de nouveaux segments de clientèle, notamment à l’international. L’avenir passe aussi, et surtout, par de sérieux efforts d’adaptation en termes de taille et d’offre. Où sont donc les fonds phares, ces fameux flagships qui font la fortune de leurs concurrents et brillent par leur absence chez nombre de nos champions ? Une rationalisation des gammes de fonds et une adaptation des produits aux besoins des clients internationaux sont dès maintenant plus que nécessaires.

Sur le long terme, malgré des perspectives de croissance maigrichonnes, le potentiel de l’Europe n’est pas négligeable, du fait notamment des besoins liés à la préparation de la retraite. Les ténors du secteur de la gestion ont aussi leur rôle à jouer dans le nouveau modèle de financement de l’économie post-Bâle III qui se dessine, notamment en termes d’orientation de l’épargne longue. Gageons que les acteurs français, qui ont jusqu’ici tenu leur rang dans les classements des géants mondiaux où bien peu d’autres acteurs européens subsistent, sauront réagir pour y garder leur place.

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