Rencontre avec... Martin Naville, directeur de la Swiss-Americain Chamber of Commerce, à Genève

« La Suisse est en conflit avec ses cinq principaux partenaires commerciaux »

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

La crise entre la Suisse et les Etats-Unis est-elle pire qu’en 2008 ?

Elle n’est pas pire, mais pas non plus meilleure. Les risques sont élevés. En cas d’escalade, les dommages seraient importants. Ils pourraient s’étendre aux échanges commerciaux. Cela dit, les deux parties ont intérêt à trouver un accord. La Suisse était en 2010 le premier investisseur étranger outre-Atlantique et représente ses intérêts diplomatiques en Iran et à Cuba. Comme l’a dit un diplomate américain : « Nous aimons la Suisse, mais qu’elle cesse de protéger nos criminels. »

N’y a-t-il pas un acharnement contre la Suisse ?

Non. Le fisc américain dispose simplement de beaucoup d’informations sur les banques du pays, collectées par le biais de fraudeurs inquiétés par la justice aux Etats-Unis.

Quelle est la source de ce conflit ?

Il naît de divergences de vues sur la fiscalité. Pour les banques, l’impôt concerne le citoyen et son Etat. Outre-Atlantique, on considère qu’aider l’évasion ou la fraude fiscale est un crime. La Confédération veut appliquer sa stratégie de l’argent propre, mais il faut d’abord régler le passé.

Ce passé est très récent pour certaines banques...

C’est vrai, il y a eu des comportements qui seront sanctionnés, comme dans l’affaire UBS. Et si la rumeur de 10 milliards de dollars de sanction véhiculée par la presse est farfelue, la Suisse ne s’en sortira pas avec quelques centaines de millions. Certaines banques vont devoir fortement s’adapter, car le secret bancaire sur les questions fiscales est terminé. Avec les Etats-Unis, c’est certain. Avec l’Europe, c’est une question de temps. La Suisse est en conflit avec ses cinq principaux partenaires commerciaux, elle ne peut occulter le problème.

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