La Suède et la Norvège se tiennent à l'écart de la récession

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Les deux économies sont soutenues par leur demande intérieure, mais restent sous la menace d’une bulle immobilière.

Quelle est l’économie européenne dont la prévision de croissance du PIB vient d’être révisée à la baisse à 2,4 % cette année et à 3 % l’an prochain avec un taux de chômage de 3,3 % de la population active ? La Norvège. Quel est le pays où l’institut de conjoncture déplore que l’output gap ne sera pas refermé avant 2017 en raison d’un taux de croissance jugé insuffisant de 1,5 % cette année et de 2,5 % l’an prochain ? La Suède.

La particularité de ces économies est de disposer d’un policy mix autonome, aux politiques budgétaire et monétaire accommodantes, permettant à la demande intérieure de tirer l’activité. La couronne norvégienne (NOK) et son homologue suédoise (SEK) n’appartiennent pas au MCE2, le mécanisme de change qui lie les devises dans l’antichambre de l’euro avec des marges de fluctuation de +  ou -15 %. Elles flottent librement, au contraire du Danemark collé par un peg à l’euro (+ou -2,5 % en théorie et + ou -0,5 % de par la volonté de la banque centrale), qui devrait enregistrer une croissance de 0,3 % à 0,5 % cette année. Quant à la Finlande, considérée comme un bon élève de la zone euro, le ministère des Finances prévoit une contraction de l’activité de 0,4 % en 2013 et une sortie éventuelle de récession en 2014.

L’éloignement de l’euro serait-il un gage de bonne santé ? « Le taux de change ne fournit pas une explication à la relative bonne tenue des économies norvégienne et suédoise. Dans les deux cas, c’est la demande intérieure qui tire la croissance économique, indique Nathalie Dezeure, économiste à Natixis. La Norvège est une économie pétrolière dont elle tire des revenus qui soutiennent la consommation. La contribution des exportations à la croissance n’est pas plus favorable à l’économie suédoise qu’aux autres économies européennes. »

La surprise du PIB suédois au premier trimestre (+0,6 %) ne doit rien à l’investissement ou au commerce extérieur, dont les contributions ont même été négatives, mais au restockage, note le National Institute of Economic Research (NIER). Cette année, la consommation des ménages sera le principal pilier de la croissance, précise l’organisme statistique suédois : « Les ménages sont en bonne position pour dépenser encore plus. Ils disposent d’un revenu disponible en hausse, d’un ratio d’épargne historiquement élevé et d’un patrimoine financier et immobilier important. » Pour 2014, les exportations pourraient prendre le relais, souhaite le NIER. Le schéma est analogue pour l’économie norvégienne, indique une note d’UBS.

Gérer la bulle

Des taux directeurs très bas (1 % pour le taux repo de la Riksbank et 1,5 % pour la Norges Bank) et une réglementation bancaire jusqu’ici laxiste prolongent la hausse des prix immobiliers entamée dans les années 90. En Norvège, « le système d’imposition est dual, rappelle Nathalie Dezeure, avec la fiscalité des revenus du travail d’un côté et celle, beaucoup plus faible, des revenus du capital de l’autre. Cela revient à subventionner l’achat immobilier, d’autant que les intérêts d’emprunt sont déductibles et que la taxation des plus-values à la revente est faible ». Pour l’économiste, « les ménages sont particulièrement exposés au risque hypothécaire. Des mesures ont été mises en place en Norvège afin de durcir les conditions de crédit et de ralentir la hausse de l’endettement des ménages ». Leur taux d’endettement avoisine 200 % de leur revenu disponible brut (RDB) et 90 % de cette dette est hypothécaire, à taux variable, et contient de nombreux prêts in fine. Soit les symptômes d’une bulle immobilière et d’une distribution de crédit généreuse et incontrôlée comme en connaissaient plusieurs pays de la zone euro avant le déclenchement de la crise financière.

La conséquence principale des bulles immobilières est, dans un premier temps, de canaliser l’épargne et le crédit vers le secteur de la construction résidentielle au détriment de l’investissement des entreprises, et dans un second temps de fragiliser le secteur bancaire. La Norvège et la Suède, deux pays qui continuent de manger leur pain blanc. Jusqu’à quand ?

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