Dossier Assemblées générales

Les successions demeurent un sujet tabou

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les émetteurs entretiennent le mystère et laissent souvent les actionnaires sur leur faim.

Le renouvellement des équipes dirigeantes et l'organisation de leur succession font couler beaucoup d'encre et inquiètent les investisseurs dès lors qu’ils ne les ont pas anticipés. L’appréhension gagne même si les nouvelles personnalités promues jouissent d'une bonne réputation.

En témoigne la récente modification de la direction générale du groupe Havas. A la suite de la démission, vécue comme une surprise par les gérants d'actifs, de Fernando Rodès de son poste de directeur général et de son remplacement par David Jones, le cours de la société de conseil en communication s'est nettement replié. « Les investisseurs se préoccupent beaucoup plus du capital humain qu'auparavant », analyse Viviane Neiter, consultante en relations actionnariales et administrateur des sociétés cotées, en particulier les fonds dits ISR (investissement socialement responsable), qui se multiplient. C’est ainsi que ces derniers s'enquièrent souvent de l'existence de plans de succession. « L'un des risques majeurs pour l'entreprise est l'efficacité de sa gouvernance, l'implication et la qualité de ses équipes dirigeantes, explique Bénédicte Bazi, gérante de CCR AM. C'est pourquoi nous allons travailler davantage le thème des successions cette année. »

En général, observe Cédric Laverie, analyste gouvernance d'entreprise d'Amundi, « les informations données à ce sujet sont sommaires. Certaines entreprises ne communiquent que tardivement sur le sujet à leurs actionnaires mais semblent bien préparer leurs successions », à l'image d'Air Liquide, d'Essilor, de Lafarge ou de L'Oréal. « C'est le rôle du comité de nomination du conseil d'administration », rappelle René Clérix, gestionnaire de Dexia Asset Management.

Modification des statuts, une constante

En France, « la mise en œuvre d'une succession est souvent l'occasion de modifier l'équilibre de la gouvernance », remarque un expert en matière de gouvernance. Le directeur général devient président et épaule son successeur. Or, cette pratique très courante est loin d'être appréciée de tous les institutionnels. « Elle crée un flou sur le rôle du président. Exerce-t-il sa fonction pleinement ou surveille-t-il son dauphin ?, s'interroge Cédric Laverie. La répartition des rôles n'est pas claire. »

Par ailleurs, la modification des statuts des sociétés se répand lorsqu'il s'agit d'allonger la limite d'âge des présidents des conseils d'administration, « ce qui ne pose pas de problème en soi, estime Martine Elsakhawi, responsable corporate governance chez Amundi. 65 ans aujourd'hui, c'est jeune. C'est une évolution logique avec l'espérance de vie qui s'allonge. L'essentiel est la compétence. » C’est pourquoi, suivant ce raisonnement, la proposition de Schneider de supprimer la limite d’âge statutaire en la remplaçant par des mandats d'une durée de deux ans renouvelable pour les membres du conseil ayant plus de 70 ans a toutes les chances d’être approuvée. « La présence d'un sage détenant la mémoire du conseil est nécessaire », analyse Viviane Neiter. Une recommandation toutefois, selon Pierre Dinon, responsable du gouvernement d'entreprise chez Allianz Global Investors France, « les administrateurs âgés de moins de 65 ans doivent représenter au moins deux tiers du conseil ». L’essentiel est de construire un équilibre efficace.

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