Succès du fonds Fédéris dédié aux placements privé

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Fédéris GA a investi 95 % de son fonds de 288 millions d’euros. Un partenariat avec Kepler CM a été signé pour l’analyse crédit. Un deuxième fonds va suivre.

Avec près de 10 % du marché, Fédéris GA est l’un des principaux investisseurs en France sur le marché des placements privés en euros (Euro PP). A travers son fonds à échéance, Fédéris Core Euro Crédit 2018, de 288 millions d’euros, la filiale de gestion du groupe de protection sociale Malakoff Médéric a déjà participé à quinze placements privés obligataires. « Nous avons participé aux deux tiers des opérations réalisées depuis la première de Bonduelle en septembre 2012 », précise Mathias Choussy, cogérant du fonds avec Jean Rozière. Le fonds contractuel ouvert est alimenté à hauteur de 200 millions par Malakoff Médéric qui a choisi d’investir via ce fonds plutôt qu’en direct (comme d’autres assureurs) pour regrouper les maturités (à 6 ans) et gérer globalement les participations. Parallèlement, trois autres investisseurs ont profité de l’opportunité et rejoint le fonds. Celui-ci a notamment investi dans les émissions de Soufflet, Orpea, Rallye, Gorgé, Tessi, Fromageries Bel, Lactalis, Plastic Omnium et plus récemment Akka Technologie (100 millions d’euros) et Laurent Perrier (15 millions). Au total, sur les quinze investissements réalisés, treize sont des sociétés cotées.

Prime de rendement

Dans un contexte de taux bas (4,5 % pour les signatures « BBB » à 6 ans en moyenne), les investisseurs en quête de rendement ont identifié les entreprises non notées comme d’alléchants investissements potentiels. « Ces dernières, de taille moyenne mais de bonne qualité, sont en effet prêtes à offrir un ‘spread’ relativement attractif pour accéder à cette nouvelle forme de financement », souligne Anne Courrier, présidente du directoire de Fédéris GA. Le rendement brut moyen des quinze investissements s’élève à 4,1 %, un niveau jugé satisfaisant par le gérant du fonds, qui observe « une prime de rendement moyenne de 20 à 40 points de base (pb) entre l’Euro PP et l’émission obligataire d’une entreprise similaire mais notée dans le cas des plus liquides ». Une prime qui peut dépasser les 40 pb lorsque les entreprises sont plus petites ou de qualité de crédit inférieure. Cet avantage financier est d’autant plus appréciable qu’il ne se fait pas au détriment du coût en capital (un critère très regardé par les assureurs). Au contraire, le non-noté a un coût en capital de 3 %, ce qui le place tout près du « BBB » (2,5 %) et loin devant le « BB » (4,5 %) (voir le tableau).

Pour l’accompagner dans l’origination, la structuration et l’analyse des émissions, Fédéris GA s’est allié à Kepler Capital Markets. Au total, une quarantaine d'analyses crédit approfondies ont été effectuées et une trentaine d'entretiens individuels menés auprès d’entreprises potentielles sur 160 dossiers présélectionnés par la société. « Kepler a été à l’origine de 34 % des opérations auxquelles nous avons participé », indique Mathias Choussy. Du côté de l’analyse crédit, « ces sociétés n’ayant jamais émis sur le marché obligataire, notre large couverture action des sociétés nous a permis de gagner du temps, rapporte Rémy Savoya, directeur exécutif de Kepler Corporate Finance. Les équipes crédit ont pu bénéficier de la connaissance approfondie de ces sociétés par les équipes de recherche actions. »

Parallèlement, les équipes du fonds ont réalisé un important travail autour de la structuration des opérations. « Une absolue nécessité dans l’intérêt des investisseurs, des émetteurs et du marché futur, souligne Mathias Choussy. D’où l'importance du travail de négociation autant des prix que des clauses du contrat et de leur formulation. » Selon lui, on se dirige à terme vers une documentation standard à laquelle viendront se greffer des ajustements sur mesure en fonction des sociétés, à l’image de ce qui se fait sur l’US PP ou le Schuldschein allemand. Un des facteurs de différenciation importants étant la qualité du crédit et la taille des entreprises : plus elles seront faibles, plus la documentation tendra à être étoffée et proche de celle des emprunts bancaires, en termes de sécurité pour l’investisseur.

Succès du premier fonds oblige, Fédéris devrait annoncer prochainement le lancement d’un deuxième fonds sur le même modèle à échéance 2019. Son encours pourrait dépasser les 300 millions d’euros. « Pour ce deuxième fonds, nous misons sur une répartition sensiblement égale entre Malakoff-Médéric et les investisseurs extérieurs », anticipe Mathias Choussy. De quoi financer entre 15 et 25 sociétés, en fonction du montant finalement levé. Les succès des premières émissions auront encouragé d’autres sociétés à se lancer à leur tour, « dont certaines que l’on a déjà analysées et rencontrées et qui veulent toujours émettre », conclut le gérant. En revanche, Fédéris et Kepler devront faire face à la rude concurrence sur ce secteur, certes naissant, mais déjà convoité.

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