Dossier spécial Fund Forum 2012

Succès confirmé pour les fonds au format Ucits

le 15/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Régulation, transparence et liquidité : ce type de « hedge funds » capte une grande partie de la collecte.

L'intérêt des investisseurs pour les fonds alternatifs au format Ucits se confirme, analyse Laurent Minvielle, directeur de la multigestion alternative d'Edmond de Rothschild Investment Managers (EDRIM). Nous estimons que ces produits représentent environ la moitié de la collecte en gestion alternative en Europe. » Le développement de ces newcits après la crise de 2008 n'aura donc pas été qu'un feu de paille, mais plutôt une véritable tendance de fond qui prend peu à peu sa place aux côtés des hedge funds offshore.

« Les fonds Ucits représentent 10 % des encours offshore et près de 15 % chez BlackRock », indique de son côté Riccardo Stucchi, responsable de la clientèle institutionnelle chez BlackRock France. Le groupe gère 23,5 milliards de dollars en alternatif offshore et déjà 3,5 milliards de dollars sous format Ucits. Comme BlackRock, de nombreux gérants de hedge funds ont lancé ces dernières années des gammes onshore en complément de leurs produits vedette offshore.

Partenariats

Certains acteurs spécialisés dans l'alternatif préfèrent cependant passer par des partenariats avec des sociétés de gestion rompues au format Ucits pour développer cette activité. C'est ainsi que Schroders propose dans sa Sicav luxembourgeoise Schroders GAIA trois compartiments pilotés par des gérants alternatifs britanniques reconnus, Sloane Robinson, Egerton et CQS.

« Il ne s'agit pas seulement d'une délégation de gestion mais d'un véritable partenariat exclusif, explique Eric Bertrand, directeur de Schroders GAIA. Nous leur apportons toute l'infrastructure Ucits ainsi que la force de notre réseau de distribution global. » Car les produits alternatifs Ucits ont clairement ouvert les portes de la gestion alternative à une nouvelle clientèle. « Certains clients n'ayant pas la taille critique ni les ressources nécessaires en interne pour développer une expertise dans la sélection de 'hedge funds' se tournent naturellement vers les Ucits, opérationnellement mieux régulés », confirme Riccardo Stucchi. De même, certains investisseurs institutionnels n'ayant pas l'autorisation, pour des raisons réglementaires ou internes, d'investir offshore peuvent inclure des fonds de performance absolue Ucits dans leur portefeuille. Les family offices et autres banques privées sont elles aussi plus à l'aise, notamment depuis l'affaire Madoff, avec des fonds régulés en Europe. Car la réglementation est bien l'atout principal des newcits aux yeux des investisseurs. « Le format Ucits apporte beaucoup de confort opérationnel à l'investisseur car il est à la fois très encadré, transparent et liquide », analyse Riccardo Stucchi.

Contraintes supplémentaires

Revers de la médaille, toutes les stratégies alternatives ne peuvent pas être répliquées au format Ucits car la réglementation impose des contraintes supplémentaires. « De nombreuses stratégies basées sur des actifs illiquides ne sont pas réplicables au format Ucits imposant une liquidité hebdomadaire, confirme Eric Bertrand. De même, certains ratios de concentration et de levier doivent être respectés. Il faut donc être prudent quand on compare la performance d'un fonds 'offshore' et celle de sa réplique Ucits en vérifiant si les portefeuilles sont similaires ou non. »

Pour certaines stratégies, le passage au format Ucits ne modifie pas, ou à la marge, la composition du portefeuille, ce qui permet d'espérer un couple rendement/risque proche de celui du fonds offshore. Mais pour d'autres, l'objectif de gestion diffère. « L'investisseur bénéficiant de la liquidité d'un Ucits doit accepter une performance légèrement inférieure : les fonds 'offshore' et Ucits ne sont donc pas en concurrence mais plutôt complémentaires », estime de son côté Riccardo Stucchi. Une complémentarité parfois difficile à faire entendre aux investisseurs, qui ont tendance à considérer, à tort, les fonds alternatifs Ucits comme des produits simples alors qu'il s'agit de gestion alternative. « Tous les investisseurs n'ont pas conscience qu'il faut réaliser, avant d'investir, les mêmes 'due diligences' sur un fonds Ucits que sur un 'hedge fund', souligne Laurent Minvielle. Car les 'newcits' comportent des risques financiers complexes, des risques de liquidité et, pour les produits conçus à base de 'swap', un risque de contrepartie. » De plus en plus de produits Ucits répliquent en effet la performance d'un hedge fund via un swap réalisé par une banque de financement. « Nous insistons notamment sur l'importance de l'indépendance des différents intervenants dans la construction de ce type de produits », ajoute Laurent Minvielle. Son équipe propose désormais, en complément de son offre de multigestion, d'accompagner les investisseurs institutionnels dans la sélection de fonds alternatifs en direct.

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