Dossier Gestion flexible

La stratégie « risk parity » fait souffler un vent nouveau

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Ces modèles systématiques reposent sur la gestion d'un budget de risque plutôt que d'une allocation d'actifs.

La gestion flexible ne cesse de se réinventer depuis la crise de 2008 et son lot de déceptions sur les performances. Ainsi, certaines sociétés de gestion ont développé de nouveaux produits basés sur l'approche risk parity. Cette technique de gestion part du constat qu'un portefeuille équilibré en poids entre actions et obligations est en réalité très déséquilibré en termes de risque, puisque la volatilité des actions est largement supérieure à celle des taux. C'est, en quelque sorte, l'histoire du kilo de plume et du kilo de plomb transposée dans la gestion.

« Il faut donc rééquilibrer les risques en fonction de la volatilité historique de chaque classe d'actifs afin de construire un fonds tout terrain qui pourra performer quelles que soient les configurations de marché », résume Jérôme Teiletche, responsable des solutions d'investissement chez Lombard Odier Investment Managers. Les fonds risk parity sont donc construits à partir d'un budget de risque, qui permet de définir une allocation d'actifs, soit l'exact opposé de la gestion flexible traditionnelle, partant d'une allocation d'actifs cible dont découle le niveau de volatilité.

Lombard Odier a développé cette approche depuis 2009, et gère aujourd'hui une trentaine de mandats pour des clients européens portant sur 2,5 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros), dont 100 millions d'euros sur son fonds luxembourgeois LOF All Roads ouvert en janvier 2012. Gros succès également pour Invesco, dont le fonds Invesco Balanced Risk Allocation, ou IBRA, est passé de 500 millions à 2,5 milliards d'euros d'actifs en un an à fin 2012. Ce produit est piloté par les équipes d'Invesco à Atlanta, qui gèrent au total 19,1 milliards de dollars (14,4 milliards d'euros) sur la stratégie risk parity. « Les principaux clients du fonds IBRA sont des clients privés, via des conseillers indépendants ou des banques privées, mais aussi des multigérants de fonds 'absolute return', explique Nicolas Bouët, directeur général délégué d'Invesco. Les investisseurs institutionnels s'y intéressent aussi mais leur accès est parfois limité par des contraintes réglementaires ou propres à leur institution. » Car le fonds d'Invesco ne se limite pas aux actions et aux obligations, mais investit aussi dans les matières premières. Objectif : afficher une volatilité de 8 % en investissant via des produits dérivés et en utilisant l'effet de levier pour équilibrer les expositions en risque.

Mise en œuvre complexe

Chez Lombard Odier, la gestion via des mandats dédiés permet à chaque client de définir son propre budget de risque, correspondant à la perte maximale qu'il peut supporter sur un an glissant. Chaque portefeuille est ensuite construit pour répondre à cet objectif, avec un suivi quotidien du risque et de la déviation par rapport à l'objectif. « Nous pouvons intégrer les contraintes de nos clients, qui souhaitent par exemple ne pas être exposés aux marchés émergents ou aux matières premières, indique Jérôme Teiletche. Mais seulement jusqu'à un certain point : le 'risk parity' nécessite un univers d'investissement large et liquide. »

Car si le concept est simple sur le papier, sa mise en œuvre, reposant sur des modèles systématiques propriétaires, reste complexe. Les sociétés de gestion s'appliquent d'ailleurs à combattre l'idée de la boîte noire en expliquant les modifications des portefeuilles dans leur reporting. Autre reproche fait au risk parity, il fonctionnerait surtout dans certaines configurations de marché. « L'approche 'risk parity' revient à faire un pari implicite sur les taux puisque, en rééquilibrant les risques entre actions et taux, on surpondère largement ces derniers. Cela a très bien fonctionné ces dernières années, mais cela ne sera pas forcément le cas à l'avenir », prévient Christian Lopez, responsable de la recherche de CPR Asset Management. Un faux débat, selon Nicolas Bouët, chez Invesco, dont le fonds IBRA a progressé de 7,13 % en 2012 et de 11,65 % en 2011 : « Le 'risk parity' n'est pas fait juste pour battre les actions mais pour délivrer une performance absolue régulière et raisonnable dans toutes les phases de marché. C'est un produit de long terme. » D'ailleurs, si CPR AM ne propose pas aujourd'hui de fonds risk parity, la société de gestion ne ferme pas la porte à cette technique : « Nos clients s'y intéressent, ajoute Christian Lopez. Nous étudions cette approche. Il est certainement possible d'en tirer des leçons pour la gestion flexible. »

A lire aussi