Dossier Gestion quantitative

Une stratégie d'investissement fondée sur la recherche

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Le gérant quantitatif est avant tout un chercheur. Exemples de trois maisons de gestion aux méthodes plus ou moins discrétionnaires.

Eric Marcombes a installé en février 2004 son équipe de recherche et de gestion au troisième étage du Palais Brongniard. Le directeur général de Cogitam, activité externalisée de gestion quantitative d’Ecofi Investissements, y fait tourner à plein régime un modèle de CTA (commodity trading advisors) de court terme. Cinq chercheurs sur les sept collaborateurs que compte le gestionnaire tentent « d’extraire de l’argent des marchés et surtout d’obtenir une décorrélation avec les actifs traditionnels, qui persiste dans les crises », explique Eric Marcombes. Sept règles de décision (construites à partir d’observations comme : la hausse brutale d’un cours anticipe un événement de marché ou encore une tendance qui survient perdure dans le temps, etc.) tournent en parallèle et alimentent un seul programme. Ici l’ordinateur est programmé pour produire des calculs et transmettre les ordres au marché. Le jugement humain intervient dans la seule conception du système et lors de son retrait en cas de fonctionnement non conforme. « Nous nous réunissons chaque semaine pour vérifier que le comportement des systèmes ne dévie pas de leurs historiques, détaille Eric Marcombes. Le retrait d’un système nécessite au moins trois mois d’observation, car en cas d’événement non prévisible, les systèmes ont besoin d’un peu de temps pour prendre en compte ses conséquences sur la chronique de cours. »

Du côté de Rivoli Finance, on considère également être 100 % quantitatif. « Nous nous interdisons d’intervenir dans les passations d’ordres de nos modèles », assure Thaddée Tyl, président de la société de gestion. Cependant, l’équipe s’affranchit de cette règle lorsque les marchés sont illiquides (attentats du 11 septembre, passage des marchés libellés en devises domestiques en monnaie unique…), en cas de marché atypique et de réactions violentes, des périodes durant lesquelles elle ne traite pas. Thaddée Tyl admet que la qualification de gérant n’est pas adaptée et que la valeur ajoutée de ce processus de gestion tient aux nouvelles idées de trading de son équipe de sept chercheurs.

Analyse du consensus

Un peu plus discrétionnaire, l’organisation et l’approche quantitative de la gestion actions de CPR AM se définissent même comme étant « à visage humain ». Une appellation un soupçon marketing mais qui souligne l'interventionnisme de l’équipe de gérants. D’ailleurs ici, sept gérants (anciens chercheurs) imaginent les modèles que deux chercheurs testeront avant de les mettre en place. La méthodologie et la sélection des 8.500 actions sont résolument quantitatives et utilisent une note financière (de +2,2 à -2,2), pour que soient détectées les valeurs attrayantes implantées dans cinq régions du monde et issues de 34 secteurs. « Ensuite, on intègre les contraintes réglementaires et celles du client pour construire - avec le modèle de risque APT ('advanced portfolio technology') -, à partir des notes quantitatives, un portefeuille optimal qui maximise l’espérance de performance relative en fonction d’un niveau de risque donné », décrypte Cyrille Collet, directeur gestion actions chez CPR AM. Chaque semaine, ce portefeuille optimal est comparé au portefeuille investi et suggère au gérant des ajustements « systématiques ». Le gérant du fonds et son adjoint analysent alors chaque ordre proposé au regard des conditions du marché actions. « L’analyse systématique des valeurs est toujours complétée par un suivi quotidien des flux d’information du marché, poursuit le directeur de la gestion actions. Il se peut que l’information ayant provoqué l’intérêt financier pour une valeur soit erronée ou périmée (OPA...). Un gérant quantitatif doit être à même de jauger la qualité des analyses du consensus. » Autre cas d’intervention du gérant, « il doit être capable d’évaluer la pertinence du modèle tant en termes de sélection des valeurs que d’estimation du risque, souligne Cyrille Collet. Dans le premier cas, il doit détecter les variables pertinentes en fonction des conditions de marché (valorisation, croissance…) et enrichir l’analyse systématique. Dans le second cas, il doit apprécier le lien entre le risque modélisé et le risque réel du portefeuille au cours du temps afin de respecter son budget de risque. »

Reste que le gérant quantitatif est avant tout focalisé sur ses travaux de recherche. Des heures de travail parfois vaines. Tous savent que certaines règles d’investissement s’arrêteront de marcher tôt ou tard. Si aucune stratégie n’a été retirée du système de Rivoli Finance depuis quatorze ans, sur les deux ou trois nouvelles idées mises au point chaque année, un tiers seulement sont mises en application. « Le processus de maturation d’une idée est long, entre quatre et cinq ans, et doit éviter la suroptimisation, indique Thaddée Tyl, c’est-à-dire favoriser les paramètres qui ont fonctionné dans le passé. » De même, depuis 2004, date de création du programme de Cogitam, sept règles d’investissement ont été supprimées et dix nouvelles règles mises en production. « Cela fait un système et demi injecté chaque année, comptabilise à regret Eric Marcombes. Compte tenu du nombre d’heures de recherche consacrées, c’est peu. »

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