SOS gestion française !

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Voudrait-on tuer l’industrie de la gestion d’actifs française que l’on ne s’y prendrait pas autrement. En visant l’ensemble des transactions financières sur les actions, obligations, produits dérivés et même les rachats de parts d’OPCVM, le projet de taxe sur les transactions financière (TTF) pourrait bien anéantir ce secteur. On comprend la consternation des professionnels devant cet impôt conçu par la direction de la fiscalité de la Commission européenne avec une méconnaissance évidente des spécificités financières nationales. D’après certains calculs, la France devrait payer la moitié de la facture de l’ensemble de l’industrie des 11 pays ayant donné leur aval au projet ! En cause, ses 600 sociétés de gestion et ses 1.200 milliards d’euros d’encours qui en font une des places fortes dans ce domaine en Europe, et la première en l’absence du Luxembourg et de l’Irlande qui ont sagement décliné l’invitation à rejoindre le groupe. Une ardoise qui sera d’autant plus élevée que la gestion monétaire, une spécificité bien française qui en a fait la force pendant des années, sera la première contributrice à la taxe (lire L’Evénement page 8). Faire tourner les portefeuilles quotidiennement n’est-il la raison d’être de son activité ? Dans un contexte de taux bas qui perdure et pénalise la rentabilité des fonds monétaires, alourdir la ponction fiscale, c’est s’assurer de la fuite des investisseurs.

En signant l’arrêt de mort des OPCVM français, la TTF n’est pas qu’une menace imminente pour une activité d’excellence et les milliers d’emplois qu’il génère. C’en est une aussi pour le financement de l’économie. Car qui fournira ces produits monétaires essentiels à la trésorerie aux entreprises alors que les banques se sont mises en retrait de cette activité du fait de la réglementation de Bâle 3 ? Plus globalement, comment éviter la délocalisation, une menace que les sociétés françaises n’hésitent plus à brandir dans l’espoir de faire plier les autorités ? Ce n’est pas seulement la gestion que l’on assassine, mais aussi la Place de Paris.

La partie n’est pas encore tout à fait jouée, et l’on peut espérer que les décideurs politiques français et européens sauront entendre les voix des professionnels avant l’adoption du texte définitif. Mais au-delà de cette bataille entre technocrates, politiques et professionnels, l’occasion est peut-être aussi venue pour l’industrie de rénover sa culture trop exclusivement fondée sur ses fonds de trésorerie. Si la gestion monétaire devait disparaître, rien ne dit que le reste de la gestion disposera de la taille critique suffisante pour pérenniser son activité. A l’heure où les leaders nationaux doivent conquérir une clientèle plus internationale et resserrer leur gamme de fonds, revoir en profondeur le modèle de l’industrie de la gestion pour lui donner un nouveau souffle est indispensable.

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