SOS Bourse de Paris

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

En décembre dernier, dans l’indifférence générale, le marché américain ICE a annoncé son intention d’acquérir Nyse Euronext, la place de marché transatlantique créée en 2007. ICE n’a pas fait mystère de son intention de scinder la société rachetée pour ne garder que les activités de dérivés et coter en Bourse Euronext, le cœur boursier européen de l’ensemble. Ce retour en arrière de plusieurs années consacre l’échec d’une stratégie consistant à croire inéluctable l’internationalisation des marchés d’actions. Au contraire, ceux-ci sont restés régionaux tandis que les marchés de dérivés, par la nature très différente des valeurs qui s’y échangent, se mondialisent rapidement en donnant aux rares grands opérateurs de la compensation une position concurrentielle privilégiée. La volonté des régulateurs d’accroître sans cesse, pour des raisons de transparence, la part des dérivés standardisés avec compensation centrale ne fera que la renforcer (lire L’Evénement pages 8 à 11). Obnubilée par ses objectifs de concurrence, la Commission de Bruxelles, après avoir incité les Bourses nationales à se séparer de leurs activités de post-marché, s’est opposée l’an dernier à la fusion Nyse Euronext-Deutsche Börse pour cause de position à ses yeux dominante sur le marché des dérivés. Ce faisant, elle a interdit la naissance d’un très grand acteur paneuropéen, capable de rivaliser avec les meilleurs mondiaux. Les Etats-Unis ont sans tarder tiré parti de cette erreur.

Condamnée à n’être que spectatrice de la bataille des grands marchés mondiaux, la France peut et doit en livrer une autre, qui concerne l’avenir d’Euronext. Mais là, nul besoin de chercher à Bruxelles les sources de la difficulté. Ce sont les gouvernements français successifs qui ont pris un malin plaisir à contrarier l’épanouissement de leur propre Bourse. Taxe sur les transactions financières - dans les faits, impôt sur les volumes des grandes capitalisations parisiennes -, impôt sur les dividendes, fiscalité aussi changeante que dissuasive… Les mesures plus nocives les unes que les autres n’ont pas manqué à une Place qui doit déjà, comme tous les marchés organisés, subir les assauts des plates-formes alternatives, dans un contexte réglementaire de surcroît hostile aux actions. La réalité, c’est que l’atrophie menace le marché parisien. Un Etat qui prétend tout faire pour assurer le financement optimal de l’économie peut-il s’en désintéresser ? Si l’enjeu, qui va bien au-delà des PME-ETI, est grand pour les émetteurs, il devrait l’être plus encore pour l’Etat qui se veut au four et au moulin de la reconquête industrielle. N’est-il pas le mieux placé pour susciter auprès des parties intéressées, banques comprises, la recherche d’une solution capitalistique garantissant au marché paneuropéen sa place, et à tout l’écosystème qui l’accompagne sa survie, dans l’architecture du financement de demain, avant que d’autres s’en occupent ?

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