Dossier Gestion institutionnelle

La sortie par les fonds de pension des actifs risqués s’accentue

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

La montée en puissance des fonds souverains, peu ou pas soumis à des contraintes de passifs, ne compense que partiellement ces flux.

Des deux côtés de la Manche, on constate avec une certaine anxiété que les traditionnels investisseurs long terme désertent progressivement les marchés. « Les flux d’investissement en provenance des fonds de pension restent pour le moment aussi importants que les années précédentes car ils sont le résultat de décisions de long terme, mais la situation de déficit d’un certain nombre d’entre eux a un impact sur leur stratégie, relevait récemment Massimo Tossato, executive vice chairman de Schroders, lors d’une conférence à Londres. Ils ont moins d’intérêt que les fonds souverains pour la diversification vers les actions internationales et les obligations émergentes, et s’attachent surtout à couvrir leurs engagements et à se protéger contre l’évolution des taux. » Au Benelux, autre marché phare des fonds de pension, le sentiment est, là aussi, que nous vivons une période de transition. « Le monde des fonds de pension est très hétérogène, mais la plupart n’ont pas encore modifié leurs allocations d’actifs, assure Kristof Woutters, responsable des solutions aux fonds de pension de Dexia AM (lire L’Enquête page 38). Or ils devront progressivement prendre en compte les contraintes de la future directive sur les institutions de retraite (IORP II) qui devraient être en phase avec celles issues de la directive Solvabilité II couvrant les assureurs, selon les vœux de la Commission européenne. »

Pourtant, observe pour sa part Danièle Barthélémy, responsable des mandats d'allocations institutionnels de Dexia AM, « la faiblesse des taux, donc des rémunérations sur les marchés obligataires, plaide pour le maintien d’une certaine dose d’actifs risqués dans les portefeuilles, seuls à même de leur permettre de couvrir leurs engagements ». Historiquement, ces institutions conservaient des durations de leurs actifs plus courtes que celles de leurs passifs, du fait entre autres du recours à des indices obligataires dont les durations sont de l’ordre de cinq à six ans, contre une quinzaine d’années en moyenne pour leur passif. Des réallocations structurelles sont donc nécessaires.

Sous-financement

Cependant, du fait de la chute des marchés financiers, certains acteurs se trouvent en situation de sous-financement. C’est le cas de fonds de pension hollandais dont beaucoup sont passés sous leur ratio de financement réglementaire minimal et ont dû établir un plan de rétablissement à la demande des autorités. Une obligation qui permet difficilement d’être très offensif. « La ligne de partage la plus forte s’établit désormais entre les institutions qui sont soumises à un passif défini et celles qui ne le sont pas », juge ainsi Laurent Bertiau, directeur adjoint du pôle investissement institutionnel d’Amundi. Certains organismes adossent la totalité de leurs actifs à leurs passifs et gèrent en actif/passif à 100 %, sans la marge de manœuvre dont ils disposaient auparavant. « A l’autre bout du spectre, des fonds souverains ou des fonds de sécurité sociale, asiatique, du Moyen-Orient ou d’Amérique latine, bénéficient d’une pyramide des âges plus positive, voire d’une absence de passif et affichent une vision à très long terme », complète Laurent Bertiau, qui relève que les volumes d’investissement des fonds asiatiques, du Moyen-Orient ou d’Amérique latine sont restés positifs cette année encore. Dans ces conditions, certains grands fonds de pays émergents ont acheté des actions européennes en 2011, avec un horizon à 7 ou 10 ans. Cela devrait leur permettre de bénéficier de l’éventuel rebond qui pourra intervenir à la fin du cycle actuel, dont il est pourtant bien difficile de définir la durée. Il reconnaît cependant que même parmi ces investisseurs très long terme, ces flux sur les actions européennes observés en septembre se sont depuis taris, au bénéfice en partie d’un début de retour sur les marchés émergents.

Et surtout, ces fonds ne sont pas encore susceptibles de se substituer aux institutionnels européens. « Les sorties massives des assureurs des actifs risqués, dont les positions sur les actions sont passées de 10-12 % à 5 % en moyenne, n’ont été que très partiellement compensées par la collecte via les fonds souverains », regrette ainsi Kristof Woutters, fonds de pension et assureurs européens pesant encore près de 10.000 milliards d’euros contre 4.000 milliards côté fonds souverains au niveau mondial.

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