Dossier Marchés émergents

Une sortie d'Egypte très politique pour les banques françaises

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré le potentiel du marché, elles ont préféré vendre leurs réseaux, dès lors qu’elles ont trouvé preneurs.

D’un point de vue pragmatique, les opérations de cession annoncées fin décembre 2012 par les banques françaises présentes en Egypte sont positives. D’ailleurs, Crédit Agricole n’aurait pas dédaigné une offre pour ses propres activités, si elle s’était présentée. L’instabilité politique le justifie. Depuis le deuxième anniversaire de la « révolution du Nil » qui a balayé le régime d'Hosni Moubarak, les heurts entre la police égyptienne et les opposants au président Mohamed Morsi sont de plus en plus violents. Dans un pays divisé qui s'attend à de nouvelles manifestations contre le pouvoir désormais islamiste, ce qui unissait la population en janvier 2011 a cédé la place au conflit. Autrefois appréciée des investisseurs occidentaux, l’Egypte voit désormais sa conjoncture se dégrader, même si un prêt de 2 milliards de dollars accordé par le riche Qatar a offert un peu de répit aux autorités égyptiennes en attendant l’aide du Fonds monétaire international. En dépit de l’importance du marché égyptien, avec un taux de bancarisation faible, les établissements étrangers présents dans le pays ne peuvent guère regretter d’avoir trouvé preneurs pour leurs activités locales.

Plus-values

BNP Paribas et Société Générale ont fait affaire avec des établissements issus du Golfe. Le 20 décembre, Emirates NBD de Dubaï s’est porté acquéreur de la filiale égyptiennne de BNP Paribas. L’ensemble (la part du français et le solde de 4,8 % aux mains de minoritaires) est valorisé à 500 millions de dollars (377 millions d'euros), soit 1,6 fois ses fonds propres comptabilisés au 30 septembre 2012. Huit jours auparavant, la Qatar National Bank (QNB) a jeté son dévolu sur National Société Générale Bank (NSGB), offrant environ deux fois sa valeur comptable (2,56 milliards de dollars au total). QNB rachètera aussi les parts que Société Générale détient dans les filiales de la banque égyptienne. « Nous sommes encore en attente des autorisations des autorités de marché, précise Bernardo Sanchez Incera, directeur général délégué en charge de la banque de détail à l'international de Société Générale. L’acheteur doit procéder à une offre publique d’achat. Une fois qu’elle sera lancée, pour nous, la page sera tournée. Nous devrions pouvoir la comptabiliser au premier semestre 2013. C’est une opération financière saine, pour une banque aux performances solides, qui s’est déroulée dans de bonnes conditions. »

Pour ses 77,17 % dans NSGB, Société Générale, qui n’était a priori pas vendeur de cette filiale riche en liquidités (73 % de ratio crédits sur dépôts) et rentable (57 millions d'euros de résultat net au 30 juin), reçoit 1,53 milliard d'euros, enregistre une plus-value nette de 350 millions et améliore de 30 points de base (pb) son ratio de fonds propres réglementaires Core equity Tier one (CET1) sous Bâle 3. BNP Paribas comptabilise de son côté une plus-value d'une centaine de millions d'euros et renforce son ratio CET1 de 5 pb : « Un événement mineur pour le groupe d'un point de vue financier, estime un analyste. Cela dit, considérant la taille réduite de cette filiale, son rapport image/contribution en revenus était négatif. » En 2011, BNP Paribas Egypt affichait 121 millions de dollars de revenus et un bénéfice net de 37 millions de dollars. Au 30 septembre 2012, son capital se montait à 312 millions de dollars. En outre, pour assurer la continuité du service à leurs clients, BNP Paribas et Société Générale ont passé des accords commerciaux avec les acheteurs, notamment pour le financement des exportations, la gestion de trésorerie et la banque de financement et d'investissement.

Ces opérations illustrent en tout cas une tendance de fond : les actifs que vendent les banques européennes sont la cible d'acteurs moyen-orientaux ou asiatiques, seuls à même de réaliser des rachats d'envergure. NBD, présent aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, au Qatar, à Singapour, au Royaume-Uni et à Jersey (outre des bureaux de représentation en Inde, en Iran et en Chine), veut d’ailleurs devenir une banque de premier plan dans la zone du Proche-Orient et du Maghreb. Dans son communiqué de cession, BNP Paribas souligne que le groupe de Dubaï « a pour ambition d'étendre sa présence en banque de détail et en banque d'affaires en dehors des Emirats Arabes Unis, et a identifié l'Egypte comme étant l'un des marchés stratégiques de sa croissance future ». En sortant du pays, les français se privent, eux, de ce relais pour l'avenir.

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