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Solvabilité II et le défi de la gouvernance des données

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Les compagnies d’assurances ne peuvent plus attendre pour entamer leurs projets.

Par Olivier Roubertie (photo),directeur associé en charge des activités services financiers, et Julien Bourgois, manager Solvency II chez Logica Business Consulting

Alors que l'implémentation de la directive Solvabilité II s’accélère, mettre en œuvre une politique de gestion de qualité des données est impératif. Peu d'assureurs disposent aujourd’hui d'une infrastructure de gestion des données adaptée. Or leur optimisation et leur gouvernance sont des exigences clés de Solvabilité II. Souvent perçue comme un « mal nécessaire », elle s’avère être une vraie opportunité. A terme, l’amélioration de la qualité des données réduit les coûts de fonctionnement et limite les risques stratégiques.

La gouvernance des données, l’apanage de tous. De nombreuses compagnies d'assurances ont des difficultés à interpréter et suivre Solvabilité II. Elles estiment que la gouvernance des données est du ressort exclusif de l’IT (information technology, NDLR). Pourtant, l'orientation générale de l’autorité de contrôle sur ce sujet est claire : les assureurs doivent prouver qu'ils disposent d’une gouvernance et de processus solides afin d'intégrer la qualité des données et les contraintes afférentes dans leurs activités courantes, tout en améliorant le savoir-faire de leurs équipes. Certes, les équipes informatiques jouent un rôle majeur en fournissant l’infrastructure et le support nécessaires, mais seuls les propriétaires de données sont, au bout du compte, les plus à même de les classer, de leur attribuer des critères de qualité, de les surveiller et de proposer les plans de remédiation qui s’imposent. Le succès d’une réelle politique de qualité des données repose sur un partenariat étroit entre la DSI (direction des systèmes d'information, NDLR) et les directions métiers.

Une gouvernance des données n’engendre pas de coûts excessifs. Certains assureurs se sont inquiétés de l’augmentation de leur masse salariale pour une gestion des données telle que définie dans la directive. Pourtant, seules les données alimentant le modèle sont concernées. Par ailleurs, le pilotage du risque de non-conformité des données structurantes compense généralement largement les coûts qu’il engendre et génère des effets vertueux sur le fonctionnement global de la compagnie.

Bien tracer ses données, un défi majeur. Dans le cadre de Solvabilité II, le respect du critère de traçabilité des informations est primordial : le régulateur est en droit de consulter tous les documents relatifs à la qualité des données et tous les jugements spécialisés émis durant leur cycle de vie. La justification du critère de traçabilité constitue un défi majeur pour les assureurs. L’étape préliminaire consiste à s’assurer que les processus de collecte et de calcul des informations contribuant à Solvabilité II sont formalisés et que les contrôles qualité sont correctement documentés (critères, seuils de tolérance…). La mise en place d’un dictionnaire précisant la description de l’utilisation, la nature et les propriétés des données est également incontournable.

Parmi les bonnes pratiques constatées, l’utilisation d’un entrepôt centralisé (datawarehouse ou datamart). Alors qu'il peut exister des divergences sur le début et la fin exacts d'un modèle interne dans un flux de données, les contrôleurs exigeront une totale transparence. Il ne suffit pas de vérifier les résultats du modèle, le parcours des données enregistrées doit pouvoir être remonté tout au long du processus. Pour chaque résultat, l'utilisateur final doit être en mesure d'établir et de comprendre le cheminement des informations intégrées au modèle, les jugements portés, ainsi que le détail des hypothèses et calculs.

Bien que les orientations officielles évoluent encore, les compagnies d’assurances ne peuvent plus attendre pour entamer leur projet, et les pénalités s’annoncent sévères pour ceux qui ne seront pas en règle. La mise en œuvre réussie d’un tel dispositif doit s’appuyer sur les effectifs actuels des compagnies, puisque les personnes qui gèrent quotidiennement ces informations sont les mieux placées pour surveiller, évaluer et résoudre ces problèmes de qualité.

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