Les sociétés se rapprochent de l’échéance Emir

le 07/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Les acteurs du « buy-side » s'organisent pour déclarer l’intégralité de leurs transactions sur les dérivés aux « trade repositories ».

BNP Paribas Securities Services propose de collecter, structurer et contrôler les échanges avec les référentiels centraux. Crédit : Xavier Popy/REA

Le 12 février prochain, tous les contrats dérivés OTC (de gré à gré) et listés devront être déclarés aux centrales de données (trade repositories) pour se conformer à la nouvelle réglementation imposée par Emir. « Cette obligation s'impose aux cinq classes d'actifs de produits dérivés (crédit, taux, actions, change et matières premières) et aux deux contreparties d'une transaction, qu’elle soit réalisée en Bourse ou de gré à gré, rappelle Stewart Macbeth,président de DTCC Derivatives Repository Ltd (DDRL). En sachant que toutes les opérations en cours au 16 août 2012 ou négociées après cette date devront elles aussi être transmises aux référentiels centraux à la date limite de 'reporting' prévue en février. C'est donc un projet gigantesque qui attend tous les acteurs du 'buy-side'. » Chez BNP Paribas Investment Partners, où le montant des encours gérés se monte à 478 milliards d'euros, ce dossier est effectivement pris très au sérieux. Une équipe projet, sponsorisée par l'un des membres du Comex, Pascal Biville, responsable finance et stratégie, planche sur Emir depuis maintenant six mois « avec, comme souvent dans ce type de projet, l'obligation de prendre un certain nombre de directions basées sur des hypothèses, les directives détaillées ne nous parvenant qu'au compte-gouttes », souligne Claire Lauzeral, responsable des opérations de BNP Paribas Investment Partners. Après avoir identifié les flux d'informations à transmettre sur les trades et le collateral, deux options sont envisagées : la possibilité de déclarer en direct au trade repository ou confier ce travail à un prestataire. « Très vite, nous nous sommes rendu compte que toute les informations étaient hébergées par BNP Paribas Securities Services qui assure pour notre compte la fonction de 'trade support' et le 'collateral management', confie Claire Lauzeral. Or il se trouve que cette dernière était justement en train de constituer une offre de services pour collecter, structurer et contrôler les échanges avec les TR. Cela n'avait donc pas beaucoup de sens d'assurer nous-même ce 'reporting'. »

Un dossier vite réglé

Stratégie inverse chez Yves Rocher où le principe de déclaration en direct s’est rapidement imposé. « Pour une raison simple, explique Laurent Delaurière, directeur trésorerie du groupe. En plus des opérations sur les dérivés réalisées avec les banques, nous possédons aussi des produits dérivés en interne dont les banques n'ont pas connaissance. Il était donc logique d'assurer nous-mêmes ce 'reporting'. » Cette option arrêtée, la direction de la trésorerie prend alors contact avec les deux principaux trade repositories pressentis en Europe, DTCC et Regis TR. « Après avoir comparé les spécifications techniques et les offres de tarifs, nous avons décidé d'ouvrir un compte test chez Régis TR qui ne présage en rien de notre choix final », confie Laurent Delaurière. En parallèle, la direction de la trésorerie se met en quête d’une solution capable d'aller chercher des données hébergées dans l’outil de gestion de trésorerie KTP, de les enrichir avec des informations issues d'autres bases de données, de convertir le tout au format XML, puis de les transmettre à Regis TR. « Pour assurer ce travail que notre système d’information ne pouvait pas assurer en l’état, nous avons tout de suite pensé à Neofi Link, un outil spécialisé dans l'interopérabilité et la circulation des flux que nous utilisons déjà pour réconcilier nos opérations de marché », indique Laurent Delaurière. Cette intuition se révèle la bonne car en trois jours, la question était réglée. « Il nous a en effet fallu une journée pour étudier les spécifications techniques du 'reporting' à Regis TR, une journée supplémentaire pour que l’éditeur Neofi Solutions traduise tout cela en 'process' dans Neofi Link, et une troisième journée pour effectuer un test où nous sommes allés jusqu'à émettre un 'reporting au format XML avec un 'feed-back' positif de la plate-forme Regis TR. »

Chez BNP Paribas Investment Partners, le choix du trade repository a déjà été entériné. « Nous avons retenu la proposition de DTCC car il s'agit de l'acteur le plus important sur ce marché, et qu’il est déjà agréé aux Etats-Unis comme référentiel central dans le cadre du Dodd-Frank Act », note Claire Lauzeral. Reste maintenant à valider avec BNP Paribas Securities Services la définition des processet les responsabilités des deux parties en matière d'alimentation des données et de contrôle de premier et de second niveau. « Emir nous rend en effet responsable des déclarations effectuées au référentiel central. Nous allons donc renforcer notre équipe en interne pour assurer ces contrôles et être en capacité de recevoir et d’analyser les ‘reportings’ d’exception et de ‘break’ (écarts dans les rapports d’une opération par les contrepaties, NDLR) des référentiels centraux. » Derrière cette nouvelle obligation se cachent des coûts non négligeables de projet, de contrôle et de suivi pour les asset managers. « Mais en contrepartie, ces procédures de gestion automatisées et standardisées vont certainement permettre de réduire les risques de contrepartie que le marché a pu connaître par le passé », conclut Claire Lauzeral.

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