Les sociétés de gestion fiabilisent leurs bases de données

le 15/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Améliorer la qualité et la cohérence des informations est indispensable pour répondre aux nouvelles exigences des investisseurs.

Les sociétés de gestion ont peu confiance dans la cohérence et la qualité des données issues de leurs différents systèmes d’information, utilisés pour la gestion des ordres, la comptabilité, le suivi des performances et la gestion du risque : c’est du moins le constat des sociétés d’investissement américaines, d’après une enquête menée auprès d’une cinquantaine de leurs responsables en décembre 2011 par le fournisseur de logiciels Simcorp. Un tableau inquiétant, mais pas si étonnant : « L’empilement des systèmes d’information favorise la redondance des données : en moyenne, 55 systèmes différents cohabitent chez un ‘asset manager’ », relève Thomas Van Cauwelaert, directeur commercial de Simcorp Europe de l’Ouest.

En réponse à ces problématiques de cohérence des données dans l’Hexagone, « les grandes sociétés de gestion ont généralement opté pour la mise en œuvre de référentiels centraux, et mis en place des fonctions de contrôle et de ‘nettoyage’ des données, afin de constituer la ‘golden copy’ (donnée de référence, NDLR) validée et unique », synthétise François Pradel, directeur de l’offre asset management et assurance chez Linedata. « Aujourd’hui, l’enjeu est de diffuser des données cohérentes et de qualité à l’ensemble des clients internes et externes », confirme Jean-François Baralon, directeur finances et opérations chez Natixis Asset Management (287 milliards d’euros d’actifs sous gestion). Dès 2005, la société a revu la gouvernance de ses référentiels de données : une cartographie des caractéristiques a été établie, qui vise à évaluer le caractère critique des données, à définir les rôles des différents intervenants - producteur ou responsable des données - et à décrire les processus de production et de contrôle. De plus, un « contrat qualité » est passé avec chaque destinataire des informations produites par les systèmes d’information, « qui consiste à établir une définition objective du niveau de qualité attendue, des processus de production et de contrôle des données », indique Jean-François Baralon.

Centralisation

La redéfinition de la gouvernance des données a eu un impact sur leurs modes de stockage et d’administration. Ils sont à présent centralisés et irriguent l’ensemble du système d’information. Cependant, certaines données, qui nécessitent des compétences fonctionnelles pointues, sont administrées localement, puis centralisées dans des infocentres. Au niveau central, une équipe de 26 personnes, dédiée à l’administration des référentiels, supervise l’intégration de 350.000 données de marché par jour, pour un portefeuille de 60.000 instruments et de 65.000 tiers actifs.

De la même manière, chez State Street Global Advisors, « la qualité, la fiabilité et l’actualisation des données que nous utilisons sont cruciales », souligne Frédéric Jamet, directeur des investissements. Tellement vitale qu’un data group a été constitué, regroupant une vingtaine de personnes chez State Street Global Advisors à Boston. Ce groupe, qui vérifie la cohérence, la justesse et l’alimentation des données stockées sur une base commune, a vocation à alimenter State Street Global Advisors au niveau mondial. « Cette centralisation résulte d’une demande initiée par les gérants, indique Frédéric Jamet. En gestion indicielle, le volume des données à traiter est très important ; la moindre erreur - par exemple un historique de données erroné - perturberait gravement la gestion. » Idem chez State Street Banque qui, en tant que dépositaire, dispose du soutien d’une équipe de data management à Boston, laquelle adresse les données utilisées pour l’évaluation des portefeuilles à State Street Bank à Paris. « Pour que le gérant soit en mesure de fournir les rapports dus à ses clients, toute la chaîne des différents acteurs doit disposer des mêmes données (caractéristiques des valeurs, sources de prix, taux des devises, références) : front et middle-office de la société de gestion, mais aussi back-office des dépositaires et des évaluateurs de portefeuille », souligne Alain Diaz, directeur délégué de State Street Banque à Paris.

Mutualisation

Dans la démarche de rationalisation des systèmes d’information engagée par la plupart des grands acteurs, « une des organisations les plus efficaces consiste à disposer d’une équipe en charge de la gestion des données, d’une équipe responsable des différents calculs (exposition au risque des portefeuilles, attribution de performance, rendement de référence du portefeuille, calcul du SCR (Solvency Capital Requirement) pour les clients compagnies d’assurances, NDLR), et d’une équipe assurant la mise en forme des rapports d’activité », estime Pierre Maugery-Pons, vice-président de Solving Efeso et animateur du club Ampere (Asset Management PErformance & REporting). C’est ce type d’organisation qui a été retenu chez Allianz Global Investors France (71 milliards d’euros d’actifs sous gestion). Au sein du département des opérations, l’administration des données est réalisée par trois équipes : l’une, en charge de la gestion des données et des référentiels, assure l’intégration et le contrôle des données liées aux caractéristiques des titres et des portefeuilles ; une deuxième équipe assure la valorisation quotidienne des actifs ; et une troisième fournit une batterie d’indicateurs, telles les analyses de valorisation, les benchmarks, et l’ensemble des outils qui permettent aux gérants de piloter leurs portefeuilles. Pierre de Vaublanc, responsable des opérations chez AGI France, remarque également un intérêt croissant des clients investisseurs pour la fiabilité des données : « Dans les appels d’offres, nous constatons une attention accrue de la part des investisseurs à l’organisation des back et middle-offices, à nos méthodes de valorisation et aux problématiques de gestion et traitement des données. » Un point que confirme Béatrice Bléhouan, responsable de la gestion et des reportings actions à l’Erafp (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique), qui gère près de 12 milliards d’euros d’actifs : « Avant d’activer un mandat, nous effectuons un audit sur place pour nous assurer que les sociétés concernées disposent des outils et des moyens de produire des comptes rendus de qualité », indique-t-elle.

Outre le souci de fournir aux gérants et à leurs clients les données et indicateurs indispensables au suivi de leurs portefeuilles, la nécessité de mettre en place une gouvernance des données s’impose également pour des raisons économiques : d’une façon générale, « les fournisseurs de données financières (Bloomberg, Reuters, SIX Telekurs…, NDLR) tarifient de plus en plus finement les données qu’ils diffusent, et revendiquent de façon extensive la propriété intellectuelle sur la rediffusion des données commercialisées », observe François Pradel. La facture, de plus en plus lourde, justifie une mutualisation de la gestion des données chez les grands acteurs. « Nous travaillons dans cette optique avec notre maison mère allemande, et la tendance est d’aller vers des données unifiées au niveau européen, voire mondial, dans le but de les diffuser de manière simplifiée à l’ensemble des filiales du groupe, dans un contexte où la fourniture de données représente un budget considérable pour les ‘asset managers’ », fait savoir Pierre de Vaublanc.

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