Slovénie, le prochain domino ?

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Plombé par une crise bancaire, le pays doit maintenir coûte que coûte son accès au marché.

Les couleurs de la Slovénie. Crédit: Thinkstock

La Slovénie se retrouve dans le collimateur des marchés. Le taux d’intérêt de l’obligation du gouvernement à 10 ans arrivant à maturité en 2020 a augmenté d'environ 200 points de base entre mi-mars et mi-avril, avant de rebaisser ces derniers jours. Sur fond d’instabilité politique, de récession et de crise bancaire, les atermoiements de l’Eurogroupe à Chypre ont mis le feu aux poudres. De plus en plus d’économistes s’attendent à ce que la Slovénie demande une aide à l’Union européenne (26 sur 49, selon un sondage de Reuters). Alenka Bratusek, la nouvelle Première ministre, répète que son pays n’en a pas besoin et qu’il n’y a pas lieu de le comparer à Chypre. Les actifs bancaires s’élèvent à seulement 140 % du PIB, contre plus de 700 % à Chypre, et la dette publique est de 54,1 % du PIB, contre 85,8 % à Chypre. Qu’à cela ne tienne, selon les analystes de l’Institut de la finance internationale (IIF), une ligne de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES) - moins contraignante qu’un programme de stabilité - pourrait faciliter l’accès du pays au marché.

La Slovénie, plus comparable à l’Espagne, connaît une crise bancaire provoquée par la chute du marché immobilier (les prix ont baissé de 12 % entre fin 2007 et le troisième trimestre 2012, selon l’OCDE - Organisation de coopération et de développement économiques) et des conditions d’octroi de crédit laxistes. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le taux de prêts non performants s’élève à 14,4 % (près de 7 milliards d’euros), contre 11,2 % fin 2011, et à 20,5 % pour les plus grandes banques - dont deux sont publiques (NLB et NKBM). L’Etat en a déjà recapitalisé plusieurs en 2011 et 2012, et l’ancien gouvernement, tombé fin février pour un scandale de corruption, a adopté une loi portant création d’une structure de défaisance (bad bank) d’une capacité de 4 milliards d’euros (financée par des obligations garanties par l’Etat) pour prendre en charge une partie de ces créances douteuses. Alenka Bratusek a promis d’appliquer le plan de son prédécesseur et de procéder à une nouvelle recapitalisation d’un milliard d’euros. Dans une étude publiée début avril, l’OCDE a prévenu que les besoins risquaient d’être plus élevés, et encouragé le gouvernement à réaliser de nouveaux tests de résistance (stress tests) et à démanteler les banques non viables.

3 milliards d’euros manquants

Le financement de la bad bank et la nouvelle recapitalisation pourraient ajouter jusqu’à 11 % de PIB à la dette publique, ce qui donnerait un ratio de 70 % du PIB vers 2016, selon le FMI. Une « dynamique gérable ». Il n’en demeure pas moins que la Slovénie doit trouver 3 milliards d’euros cette année pour financer son plan de restructuration bancaire, son déficit budgétaire et ses remboursements de dette. Le gouvernement cherche à privatiser une ou deux grandes entreprises publiques, et la Première ministre souhaite que l’une d’elles soit une banque. Le problème est que les valorisations sont extrêmement faibles : 10 % à 20 % de leur valeur comptable, selon le ministre des Finances Uros Cufer.

Garder un accès au marché est donc primordial, sous peine de crise de liquidité. Or jusqu’ici, la Slovénie n’a pas été très active : sa dernière émission d’obligations en euros remonte à mars 2011. « Ne pas faire partie des indices de marchés émergents limite l’appétit des investisseurs, et les investisseurs dans la catégorie 'investment grade' peuvent être gênés par l’instabilité politique », notent les analystes de Barclays. Le gouvernement a mandaté BNP Paribas, Deutsche Bank et JPMorgan pour explorer les possibilités de financement. Uros Cufer a indiqué que le pays avait suffisamment de liquidités pour tenir jusqu’en octobre, ce qui lui laisse le temps d’attendre une baisse des taux d’intérêt. En outre, le ministère des Finances a émis le 17 avril 1,1 milliard d’euros de bons à 18 mois à 4,15 %, ce qui lui a permis de racheter 511 millions d’euros de bons arrivant à maturité en juin.

La confiance des investisseurs dépendra de l’avancement du plan de restructuration bancaire, des privatisations et de la consolidation budgétaire (le déficit a atteint 4 % du PIB l’an dernier). La Slovénie, sous procédure de déficit excessif depuis 2009, doit transmettre à la Commission européenne son programme de stabilité d’ici au 9 mai. Problème, les quatre partis de la coalition au pouvoir ne sont pas d’accord sur les orientations à prendre. Les sociaux démocrates, par exemple, sont opposés à la privatisation des banques.

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