L'invité de L'Agefi

Et si la finance se mettait au service de la paix ?

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Le fonds de partage est une option intéressante pour les gérants qui veulent insuffler un vent de réforme sur ce secteur.

Bertrand Bricheux, responsable marketing, Mirabaud Asset Management

Les fonds d’investissement dits socialement responsables existent depuis des années sur les étagères des banques et des sociétés de gestion. Pour certains acteurs, ceci correspond à une vraie conviction et une volonté d’influencer la marche du monde par de bonnes pratiques ; pour d’autres, ceci se résume à une opportunité marketing surfant sur le politiquement correct. Au risque de passer pour un pollueur cynique sans cœur et sans morale, qui pourrait oser dans le monde actuel être contre tous ces principes ? Personne.

Or, il n’est pas toujours simple d’appliquer ces filtres dans des régions où les préoccupations ne sont pas encore les mêmes que celles des pays développés. La forte représentation d’entreprises du secteur de l’énergie, des matières premières à forte empreinte carbone, des entreprises dont les conditions de travail et de salaire demeurent inférieures à celles de nos vieilles démocraties rendent l’application de ces normes difficile. La responsabilité première d’un gérant de fonds, à qui un investisseur confie son patrimoine, demeure de générer de la performance dans un certain budget de risque. Quelles sont les options disponibles face à ce constat ? Ne rien faire ? Attendre ?

Le fonds de partage est une option intéressante pour les gérants qui veulent insuffler un vent de réforme pour des causes auxquelles ils croient, sans pour autant sacrifier la performance sur l'autel de la bonne conscience. La formule la plus courante de ces fonds de partage consiste à reverser une partie des frais générés par le fonds, frais de gestion ou de performance, vers une cause ou une ONG. Souvent et à tort, les fonds de partage sont associés à la seule notion d’œuvre caritative comme la Croix Rouge ou l'Unicef, et si louables soient-elles pour le réconfort qu’elles fournissent, rares sont les organisations ayant un impact sur l’origine des problèmes, ceux-ci étant très souvent politiques.

Il ne s’agit pas ici pour les fonds d'investissement de s’immiscer dans la politique, mais d’aider des pays, émergents ou aspirant à le devenir, encore frappés par des conflits intérieurs à se doter d'un système politique stable, démocratique et participatif. L'Indonésie est aujourd'hui un pays émergent incontournable mais ayant connu dans les années 90 une guerre civile importante. La Côte d'Ivoire pourra-t-elle retrouver son statut de Suisse de l'Afrique de l'Ouest une fois les tensions intérieures apaisées ? Et la Libye, avec son potentiel de tourisme inexploité, pourra-t-elle aller au-delà d'un obscurantisme clanique et religieux ? Les exemples sont nombreux de pays ayant réussi, ou pas, leur virage politique.

Au final, un système politique stable et apaisé est la première pierre d'un édifice menant au développement économique, donc aux possibilités d'investissements étrangers. La finance s'implique rarement dans des œuvres totalement désintéressées, mais si son action participe à la stabilisation politique de pays en situation de conflits, il faut s'en réjouir.

De nombreux détracteurs pensent que ce n'est pas au secteur privé de s'impliquer pour régler ces problèmes géopolitiques, mais aux Etats ou à leurs émanations supranationales. Le secteur privé peut, lui, dans la discrétion, loin des médias, essayer en amont de prévenir quand la manne publique se contente souvent de guérir.

La volonté de prendre les marchés financiers tels qu'ils sont, sans naïveté, afin de générer la meilleure performance possible pour les investisseurs et ensuite d'en partager les fruits pour soutenir des causes proches de nos valeurs humanistes nous semble être la recette gagnante et pragmatique de deux mondes qui s'ignoraient jusqu'à présent. De nombreux investisseurs souhaitent désormais atteindre le double objectif d'obtenir de la rentabilité pour leur portefeuille tout en donnant du sens à leurs investissements.

NDLR : Mirabaud & Cie a noué un partenariat en décembre 2011 avec Interpeace (www.interpeace.org), une ONG active dans l'aide à la stabilisation politique de pays en situation de conflits intérieurs (Somalie, Kosovo, Indonésie, Côte d'Ivoire, Rwanda, etc.) et contribue à leur budget par le biais d'un fonds commun de placement spécialisé dans les marchés émergents.

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