Rencontre avec... Louis Godron, président de l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic)

« Si la collecte continue de baisser, les belles start-up se financeront à l'étranger »

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

François Hollande a annoncé qu'il maintiendrait inchangé le mécanisme des FCPI (fonds commun de placement dans l’innovation) et des FIP (fonds d'investissement de proximité) jusqu'à la fin 2016. Etes-vous satisfait de ce statu quo ?

Nous regrettons que l'instruction présidentielle de septembre 2012 n'ait pas été respectée dans le budget 2013, qui a de nouveau réduit les incitations à investir au titre de l'impôt sur le revenu. Cela diminuera encore les apports de fonds pour les start-up françaises. La stabilisation des règles de fonctionnement est nécessaire car les FCPI et les FIP ont souffert d'une trop forte instabilité réglementaire ces dernières années. Les pouvoirs publics ont contraint les fonds à investir rapidement dans un but louable : s'assurer que la collecte allait rapidement financer les PME. Mais des contraintes trop strictes amènent les gérants à investir dans des entreprises plus matures plutôt que dans des start-up demandant un très long travail d'analyse en amont. Nous sommes donc satisfaits de l'assouplissement des règles depuis 2013, les fonds ayant désormais deux fois douze mois pour investir 60 % de leur actif. Mais il faut encore améliorer ces produits.

Le rapport Berger-Lefebvre sur l'épargne financière pointe du doigt les FCPI et les FIP, puisqu'il indique que « le dispositif actuel est (...) insuffisamment incitatif à une allocation de qualité des fonds collectés ». Comment les faire évoluer dans l'intérêt des PME et des épargnants ?

Il est légitime d'accorder un avantage fiscal au souscripteur pour compenser l'illiquidité de ces fonds, d'une durée de dix ans ! Pour un engagement de cette nature, l'épargnant a aussi droit à une transparence sur les frais de gestion, qui pour les FIP/FCPI est assurée depuis plusieurs années avec un récapitulatif de tous les frais, dont l'Afic se félicite - en espérant que cette transparence s'étendra à tous les produits aidés fiscalement. L'Afic préconise aussi une régulation de ces frais, pour éviter tout abus. Enfin, il faut laisser plus de liberté au gérant en simplifiant les règles d'investissement. La refonte du système est d'ailleurs indispensable : si la collecte continue de baisser, les belles start-up iront se financer à l'étranger. Il faut se donner les moyens de les inciter à rester en France pour transformer les belles idées en entreprises solides créatrices d'emplois.

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